5 trucs à faire à Tucson et mon plus gros moment Pee-Wee Herman.

Mon moment Pee-Wee Herman le plus intense et le plus mémorable c’est sans doute la Casa de Calexico à Tucson. J’adore le groupe Calexico depuis que je suis ado; autant dire un sacré bout de temps. Leur musique me fait voyager quand le métro est puant et bondé ou quand je cours sous la pluie. Au dos de leur disque, il y a l’adresse de la Casa de Calexico, à Tucson, Arizona. Je rêvais de visiter cet endroit devenu mythique pour moi, que je fantasmais comme une grande maison accueillante pleine de musique où j’aurais été invitée à assister une séance d’enregistrement en sirotant une Blue Moon.

La vue que j’imaginais depuis la Casa de Calexico

Quand j’ai pu, j’ai donc organisé un mini road trip en transports en commun (je déteste conduire) en Arizona. Au programme bus Greyhound, métro et tram pour explorer Phoenix, Tempe, Scottsdale et Tucson. Un des premiers trucs que j’ai fait en arrivant à Tucson, c’est donc de prendre un tram puis un ou deux bus pour me rendre à l’adresse indiquée au dos des disques. Et là, le fail total: la Casa de Calexico, c’est une boîte postale. Pas l’ombre d’un rocking-chair sous un porche, pas la moindre note de steel-guitare. Juste une boîte postale. Fermée qui plus est. Mais bon, quitte à être là, autant en profiter. Alors voilà 5 trucs à faire à Tucson, une fois que vous aurez compris qu’il n’y a pas de Casa de Calexico, tout comme il n’y a pas de sous-sol à fort Alamo.

Moi prétendant avoir un plan B

*Découvrir les Javelinas à l’Arizona Sonora Desert Museum.

A Tucson, les gens ne disent pas Have a Nice day mais Jave a nice day! Enfin c’est ce que proclame le t-shirt que mon copain a ramené. T-shirt orné de l’adorable dessin d’un petit cochon qu’on appelle pécari dans le reste du monde mais que dans cet état de l’ouest proche de la frontière mexicaine on appelle Javelina. Je ne crois pas que j’avais déjà vu des pécaris avant de me rendre au Sonora Desert Museum.

Javelina dans son élément naturel. Je vous laisse imaginer le grognement.

J’ai donc découvert dans ce grand parc naturel ce mammifères qui ressemble à un cochon mais qui n’en est pas un et que l’on trouve en Amérique Centrale et dans le sud des États-Unis. Alors évidemment, ce sont des animaux sauvages et vous ne pourrez pas les nourrir ou les toucher. Mais les observer et écouter leurs petits grognements devrait suffire à vous faire passer un bon moment. Sauf si vous avez un cœur de pierre.

Si c’est le cas, vous pourrez toujours profiter de la visite de ce lieu, à mi-chemin entre le parc national et le zoo pour vous balader presque librement et découvrir la faune et la flore du Sonora Desert: des cactus bien évidemment mais aussi des serpents (en captivité), des rapaces , des chiens de prairies et des coyotes (entre autre). Le personnel présent sur place est très sympathique et pour peu que vous parliez anglais, ils vous apprendront plein de choses sur la région.

**Manger un mexican hot-dog au Guero Canelo

Les stands de hot-dogs à Tucson ne vendent pas n’importe quels hot-dogs. Ils vendent des hot-dogs mexicains. J’ai compris assez vite que j’allais devoir percer le mystère de cet emblème local de la gastronomie si je voulais rentrer chez moi moins bête. Sur les conseils d’un chauffeur de taxi, je me suis donc rendue au Guero Canello (en plus c’est le nom d’une chanson de Calexico, ça restait dans le thème de mon périple).

Je m’attendais à un truc façon cronuts, genre une saucisse dans un taco mais en fait le hot-doc mexicain, c’est un hot-dog avec du bacon. Dit comme ça ça peut paraître hyper décevant mais en vrai c’est assez fou de voir comment une simple tranche de bacon peut changer un plat pour le meilleur. Comme si le bacon sublimait la saucisse et vice-versa. En plus au Guero Canelo, vous avez plein d’options pour l’assaisonnement et de trucs à ajouter pour trouver la combinaison parfaite pour vous. Le tout pour une poignée de dollars.

***Avoir la trouille de votre vie dans une Slaughter House

Octobre est un excellent mois pour visiter l’Arizona. D’abord parce qu’il fera suffisamment chaud pour profiter de la piscine du motel mais aussi suffisamment frais pour faire des randonnées sans mourir de déshydratation ou d’insolation. Ensuite, vous pourrez découvrir l’ambiance particulière du mois d’octobre aux Etat-Unis en général et dans le sud en particulier. Si chez nous octobre est un mois plutôt insignifiant qui débouche sur la Toussaint, ce jour férié lugubre pendant lequel le seul truc que tu peux faire c’est aller acheter des chrysanthèmes, aux États-Unis, c’est la période d’Halloween et c’est beaucoup plus festif. Dans les états proche de la frontière sud, l’influence mexicaine se fait sentir. Les calaveras, ces squelettes maquillées et habillés si caractéristiques de Dias de los Muertos cohabitent joyeusement avec les citrouilles et autres chats noirs typiquement américains.

De nombreuses activités sont proposées pour que chacun puisse proposer à fond de cette fête : marché aux cirouilles, labyrinthe dans des champs de blé et slaughter house (maison hantée grandeur nature). J’ai donc tenté la slaughter house en me disant naïvement que le fait d’avoir vu Sinister et l’Exorciste m’avait préparé à cette «maison du massacre». SPOILER ALERT: NON.

Avouez que rien que l’entrée fait flipper

Alors déjà il n’y a pas une mais cinq maisons à visiter. Et puis ce ne sont pas des maisons comme chez Stéphane Plaza, ce sont des décors aménagés dans des entrepôts. Si le cimetière victorien était juste malaisant, je peux vous dire que les tueurs psychopathes dans l’abattoir m’ont vraiment collé la trouille de ma vie. Pire que les clowns dans le labyrinthe, et pourtant je déteste les clowns et les labyrinthes. Pour 15 dollars, il y a des décors très réalistes et créatifs et tous les jeunes du coin maquillés comme la fiancée de Chucky qui vous poursuivent en hurlant. On a discuté avec un père de famille dont les enfants adolescents travaillaient là. Il a fait le tour de toutes les attractions sans les reconnaître.

Au final, j’ai vécu l’expérience la plus divertissante et la plus effrayante de ma vie. J’ai du laisser la lumière de la chambre du motel allumée pour dormir (et on était 2 dans cette chambre). Mais je ne regrette pas un instant cette soirée. J’ai pu regarder la suite de Conjuring sans fermer les yeux et j’ai même pas hurlé quand j’ai sursauté en allant visiter le Manoir de Paris quelques mois après.

**** Se recueillir à El Tiradito

El Tiradito est réputé comme étant le seul «temple» catholique du grand ouest. Et il n’est pas dédié à un saint mais à un jeune homme de 18 ans qui avait pêché par amour. Son histoire est une histoire d’amour, de vengeance et d’Indiens comme celles qui ont forgé le mythe de l’ouest américain au 19ème siècle. Elle a fait de lui un véritable héros local vénéré par les habitants.

En 1870, Juan Oliveras est marié à la fille de son riche patron, propriétaire du ranch où il travaille. Il délaisse sa jeune épouse et vit une passion interdite avec… Sa belle-mère. Oui, la femme de son patron, la mère de sa femme. Un jour, son beau-père les surprend à Tucson en pleine action. Il fait ce que n’importe quel mari trompé de l’époque aurait fait: il assassine Juan Oliveras en plein Barrio Viejo (aujourd’hui le quartier historique et coloré de la ville). Le beau-père assassin s’enfuit pour ne pas se faire prendre et sa femme (la maîtresse de Juan) se suicide. Mais dans l’Ouest impitoyable, le Karma de l’assassin se manifeste sous la forme d’une bande d’Indiens Apaches qui le scalpe et lui fait subir tout un tas de trucs douloureux avant de l’attacher à un immense cactus Saguaro pour qu’il y agonise. Depuis, les gens laissent bougies, fleurs et offrandes à l’endroit où Juan rendit son dernier soupir, au 420 South Main Avenue.

El Tiradito sous le soleil couchant

L’endroit est assez unique en son genre, de part sa spontanéité et l’histoire qu’il commémore. C’est devenu un incontournable de la ville et les habitants y sont très attachés. A tel point qu’un projet d’autoroute a été modifié pour préserver le lieu. Alors n’hésitez pas à aller allumer une bougie pour le pauvre Juan, victime de l’amour. Ça ne fait jamais de mal et ça vous donnera l’occasion de visiter le Bario Viejo et son architecture pré-coloniale.

***** Aller voir un concert.

Tucson est une terre très accueillante pour les musiciens indépendants. Sans doute car la vie y est peu chère. En plus de Calexico, Tucson est aussi la ville de Giant Sand et Howie Gelb ou de Xixa. Il y a de nombreuses salles qui proposent des concerts, des bars dans lesquels les groupes se produisent et l’ambiance est toujours géniale.

Mon meilleur souvenir de concert à Tucson est sans doute Carolina Chocolate Drop au Rialto Theâtre. La salle est magnifique. Il s’agit d’un ancien cinéma qui a eu mille vies avant de devenir une salle de concert, un entrepôt, un cinéma puis un cinéma spécialisé dans les films espagnols puis un cinéma spécialisé dans la projection de films X.

Il y a des concerts très régulièrement de groupes plus ou moins connus chez nous. Les billets sont en vente sur Internet ou bien directement au guichet. C’est l’occasion de découvrir des groupes et de partager une excellente soirée avec les gens du coin qui sont un public très démonstratif: ils dansent, chantent, crient et mettent une super ambiance. Les groupes ne sont pas forcément du coin.

Si vous voulez voir des groupes locaux, privilégiez les bars du centre ville ou bien le club de l’hôtel Congress. La programmation y est de qualité et le lieu est lui aussi mythique. C’est dans cet hôtel centenaire que le gangster John Dillinger a été capturé en 1934.

Je vous laisse avec l’hymne de Tucson qui illustre assez fidèlement l’ambiance cool et assez peu prise de tête de la ville

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5 plus jolies choses que j’ai mangés à Taïwan

La nourriture pour les Taïwanais est vraiment quelque chose de sérieux. A tel point que leurs œuvres préférées dans le Louvre local sont de la bouffe. Quand on voit le nombre de restaurants et de stands de nourriture au mètre carré, on se dit que les Taïwanais passent leur temps à manger. Et que la moitié du pays tient un restaurant (pendant que l’autre moitié à un garage pour réparer les scooters).

Et c’est pareil pour le tourisme. Quand vous vous renseignez sur Taïwan, on vous conseille immanquablement quelque chose sur la nourriture. La cuisine taïwanaise est décrite comme subtile, une synthèse heureuse de l’ensemble des cuisines d’Asie. Mais ce qu’on ne vous dit pas forcément, c’est que ça peut être aussi très joli.

Plutôt que de vous faire saliver en vous décrivant des plats délicieux que de toute façon vous ne pourrez pas goûter (un peu comme quand tu regardes Top Chef en mangeant des coquillettes parce que tu n’as pas eu le temps de te préparer un cromesquis et que de toute façon tu viens juste d’apprendre ce que c’est.), je vais vous montrer les plus jolies choses que j’ai mangé. Ce qui est beaucoup plus internet friendly.

*La glace Blue Box

A Taichung, j’ai développé une addiction pour Blue box, un petit stand niché entre une boutique de fringues de créateurs et un restaurant de rue de ramen. Blue box fait des glaces que l’on peut qualifier d’artistiques. Après de nombreuses hésitations entre Mermaid et Alice au pays des merveilles, j’ai opté pour la Mermaid, par souci de sobriété.

Comme vous pouvez le constater, la notion de sobriété est tout à fait relative.

Le rendu est hyper pro mais la technique est vraiment artisanale. Les petits éléments comme la queue de la sirène sont façonnés au préalable par la maître glacière et vos pouvez choisir votre parfum. L’inconvénient, c’est que les horaires sont vraiment aléatoires et que du coup, je n’ai pas pu tester toute la carte!

*Les gaufres au mochi

Au Cho Café, juste à côté de notre hôtel à Taipei (le Cho Hotel) il est possible de déguster des gaufres au mochi. C’est comme des gaufres mais à l’intérieur, il y a de la pâte de riz gluant, le fameux mochi. Elles sont servies avec des fruits, du sirop d’érable ou du chocolat et de la chantilly. Le cadre du café est super soigné et les gaufre ne dépareillent pas. Si ce n’était le mochi, on se croirait en train de prendre son petit déjeuner dans un country club américain de la côte est en 1950.


*L’autre glace Blue Box.

Oups, I did it again… Si j’avais réussi à choisir entre la glace Mermaid et celle Alice aux pays des merveilles, j’étais cependant très frustrée de ne pas avoir goutée la barbe à papa de chez Blue Box. Le Voyage à Tokyo me trottait dans la tête. Du coup après plusieurs tentatives infructueuses; j’ai pu enfin commander cette énorme barbe à baba, avec ses petits sujets en sucre:

Et là surprise, ce n’est pas seulement une énorme barbe à papa sur un cornet, c’est une glace dans un cornet surmontée d’une barbe à papa. Contrairement aux apparences, ça se mange plutôt bien. Enfin surtout parce que j’avais fait près de 40km en vélo juste avant et que j’étais sans doute affamée.

*Le Bubble tea

Comment parler de nourriture taïwanaise sans parler de bubble tea? C’est un peu LEUR contribution à la gastronomie mondiale. Et autant dire que chez eux, le bubble tea est un art. Alors bien sûr le goût est 1000 fois meilleur que ceux que j’ai pu goûter à Paris, surtout parce que les boules de tapioca sont caramélisées. Mais ils sont aussi beaucoup plus stylés, comme ceux de chez Tiger Sugar où le caramel reproduit le pelage de l’animal.

Tiger Sugar est présent à Taïwan mais aussi à Singapour et en Malaisie, si jamais vous passez par là.

*Le gâteau au matcha de chez Kinber

Chez Kinber, la carte est à la fois simple puisqu’elle repose sur seulement 4 ou 5 saveurs comme le matcha, le litchi ou la rose et à la fois très complexe puisque chaque goût est décliné sous plusieurs formes: boissons, glace, cupcake, gâteau…. J’ai choisi d’après les photos présentées un gâteau au matcha, pour son apparence plus qu’alléchante. Mes pupilles étaient ravies devant cette explosion de couleurs qui promettaient un vrai festin:

J’ai repris une de leurs photos, en bonne affamée, je me suis jetée sur le gâteau sans le prendre en photo

C’était sans doute très bon. Ce que j’en retiens, c’est que c’est avec ce plat que j’ai réalisé que je n’aimais pas le matcha.

5 trucs que j’ai appris en participant à une print party chez Mokuhankan à Tokyo

En ce moment, à Paris, la fondation Custodia propose l’exposition Vagues de renouveau: estampes Japonaise de 1900 à 1960. L’occasion de découvrir le superbe travail d’artistes comme Kasamatsu Shiro ou Tsuruta Goro. Mais aussi de partager 5 trucs que j’ai appris en imprimant moi-même une estampe.

 En effet, j’ai profité de mon voyage à Tokyo pour participer à une Print Party chez Mokuhankan Wood Prints, un atelier boutique dans le quartier d’Asakusa. Pendant cette print party, vous pourrez imprimer une estampe d’après les plaques de bois déjà gravées par l’équipe. Chaque print party accueille entre 4 et 6 personnes.

 Voici donc 5 trucs, plus ou moins essentiels à ma culture générale et à ma survie quotidienne que j’ai appris ce jour là.

 1.Avec un peu d’entraînement, je pourrais devenir la nouvelle Hokusai.

 Grâce aux explications du staff (en anglais), on apprend à mélanger les pigments avec la colle de riz puis à encrer et enfin à imprimer en utilisant le barel. Il faut répéter l’opération autant de fois qu’il y a de couleurs. Ça a l’air hyper simple comme ça mais en vrai, cela demande un peu de dextérité et de concentration. Du coupon se prend au jeu et on a vraiment l’impression d’apprendre un truc. J’étais plutôt fière de moi à la fin, malgré quelques couleurs un peu décalées et tâches de peinture sur les doigts.

2. En 2018, l’estampe, ça se passe (aussi) sur Twitch

David BULL, le propriétaire de Mokuhankan Wood Prints est Canadien. Il s’est installé à Tokyo par passion et a envie d’intéresser, à nouveau, les Japonais et les touristes à l’estampe. Pour ça, il a ouvert différents comptes sur les réseaux sociaux, y compris sur Twitch. Oui, sur Twitch, le truc où on peut regarder des gens jouer à des jeux vidéo pendant des heures. Lui il se filme en train de graver ses plaques à plusieurs moments de la journée. Il en profite pour discuter avec les gens et expliquer son boulot. Et sa chaîne fonctionne plutôt bien. A ce qu’il paraît, c’est très relaxant et on devient vite accro. (Il a aussi une chaine Youtube, mais ça sonne moins cool)

3. Le quartier d’Asakusa n’a pas changé depuis le 19ème siècle, ou si peu.

Mokuhankan Wood Prints se trouve dans le quartier d’Asakusa à Tokyo. Connu pour son temple à la très grosse lanterne, le quartier semble avoir gardé les mêmes activités que quand Hokusai y est décédé au19ème siècle. On y trouve des vendeurs d’artisanat plus ou moins chers (et aussi de gadgets) autour du temple, des marchands de papier et d’estampes, des restaurants… Il y existe aussi toujours des maisons de geishas, très discrètes. Il paraît qu’elles sont plutôt élitistes et ne laissent entrer que les personnes voulant nouer une relation profonde avec les geishas.

Kasamatsu Shirō, La grande lanterne du Kannondō, Asakusa, 1934

4. Les Japonais sont obsédés par les pêches

Bien avant que l’emoji pêche ne débarque, les Japonais l’utilisaient déjà à toutes les sauces. J’étais en plein questionnement existentiel sur ce truc qui ressemble à une pêche quand, à la print party, on m’a proposé d’imprimer un dessin illustrant l’histoire de Momotaro (momo veut dire pêche). Donc Momotaro est un petit garçon né dans une pêche.En gros, à 15 ans, il quitte sa famille pour combattre des démons qui tyrannisaient une île à des kilomètres de chez lui. En chemin,il a fait la connaissance d’un chien, d’un singe et d’un faisan qui se joignent à lui pour l’aider à remplir sa mission. Je vous la fait courte mais évidemment, ils y arrivent et deviennent des héros.

Cette histoire est apparemment très populaire au Japon. Ils en ont fait des films, des chansons et il y aurait même un festival dédié.Encore une bonne occasion de dessiner des fesses sans en avoir l’air si vous voulez mon avis.

Momotaro par Utagawa Kuniyoshi (1855)

5. L’art peu être abordable

La print party se termine par une visite de la boutique. Vous pouvez aussi juste visiter la boutique sans participer à la print party. Cequi est appréciable, c’est qu’on ne se sent pas obligé d’acheter. Le staff qui a animé la print party gère aussi la boutique mais ne fait pas l’article. Par contre, pour peu que vous ayez envie de ramener un souvenir, la sélection est très large et de belle qualité. On trouve à la fois des thèmes traditionnels de l’estampe (paysage,oiseaux fleurs) mais aussi des compositions plus modernes, y compris des super-héros. Il y différentes gamme de prix et c’est sans doute le truc le moins encombrant que vous pourrez ramener de votre voyage.

Utagawa Hiroshige: Le marché aux poissons d’Osaka

Infos pratiques:

Vous pouvez réserver votre place pour la print party via le site de Mokuhankan. Comptez environ 15euros pour la première personne, 12pour la suivante. L’activité en elle-même dure 1heure. Quand j’y ai participé, j’ai passé un peu plus de 2 heures sur place. David BULL était présent et nous a fait visiter son atelier. On a aussi pu échanger assez longuement avec lui sur sa pratique et l’estampe en général.

La print party se déroule en anglais. C’est mieux de comprendre un peu pour les explications mais au final, c’est assez intuitif et même si vous pensez avoir un niveau pas terrible, la compréhension ne devrait pas poser de problème.

Vous pouvez aussi suivre leurs activités sur Instagram, Youtube et Twitch.

Tant que vous êtes dans le quartier, profitez-en pour visiter le Amuse Muséum. Les expositions sont intéressantes, la vue depuis le toit très chouette et la boutique regorge de trésors. Et si après tout ça vous n’en avez toujours pas marre de l’estampe, il vous reste à visiter le Musée Ota, le musée «officiel» de l’estampe à Tokyo.

Et si vous avez du temps dont ne vous savez pas quoi faire, vous pouvez aller regarder des versions GIF animés d’estampes célèbres sur ce site.

Mes 4 moments les plus Pee-Wee Herman à Taïwan (ou ce que le guide ne vous dira pas tout à fait)

Ce que je préfère quand je suis en voyage, c’est mes moments Pee-Wee Herman. Mais si, vous savez, dans le film de Tim Burton, Pee-Wee cherche son vélo. Il a une révélation dans un de ses rêves: le vélo serait dans le sous sol de fort Alamo. Alors il va à Fort Alamo et à la fin de la visite, il demande à visiter le sous-sol. Et là, la guide et tout le groupe s’esclaffent. Car il n’y a pas de sous-sol à Fort Alamo. Pee-Wee Herman en conclut qu’il y a des choses que l’on doit découvrir par soi-même. Alors voilà le top 4 de mes moments Pee-Wee Herman à Taïwan:

Le tofu qui pue pue … la mort.

Une des informations récurrentes sur Taïwan, c’est le tofu puant (stinky tofu en anglais). Guide, vidéos Youtube, blogs, tout le monde vous en parle en vous disant que ça pue mais que ça se mange. Certains trouvent même ça bon. C’est vraiment un truc que les Taiwanais mangent, pas juste une attraction pour touristes façon Believe it or not.

Quand on se ballade sur les marchés de nuit, surtout à Taipei, on repère assez vite cette odeur d’andouillette, en pire. Pour moi ça sentait tellement les entrailles, la terreur et la mort, que je n’ai absolument pas pensé que ça pouvait être LE tofu. Je pensais que c’était les «fine noodles with intestines» (si toi aussi tu trouves que raffiné et intestins est un mariage qui a de quoi surprendre, tu n’es pas seul).

C’est après avoir mené courageusement l’enquête pendant plusieurs jours, en essayant de remonter à la source de l’odeur, que je me suis aperçue que cette odeur de cadavre était bien celle du fameux tofu. Les nouilles elles ne sentaient presque rien. Le mystère demeure entier: comment un truc végétal peut il sentir autant la charogne?

Pour le goût, je ne peux pas vous dire, je n’ai pas eu le courage de goûter, même la version friture dont le goût est moins prononcé paraît-il.

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La relève de la garde ressemble à une performance de K-Pop.

Au Mémorial Tchang Kaï-chek, deux gardes veillent en permanence au pied de l’immense statue de bronze. Normal, TKC est l’homme politique et la figure nationaliste la plus importante du pays. Toutes les heures, ces deux militaires en tenue sont relevés par deux autres et un troisième est chargé de mener la cérémonie. Parce que oui, ça a tout d’une cérémonie. Pendant 12 minutes, ils enchaînent les pas façon flamands roses et les déplacements dans une chorégraphie tellement compliquée qu’à la fin, on ne sait plus qui est qui. Si vous enlevez les fusils et rajoutez de la musique pop, on pourrait se croire aux Seoul Music Awards.

Mais le meilleur moment, c’est quand même à la fin quand le maître de cérémonie vient épousseter et défroisser leur pantalon qui s’était coincé dans leurs bottes. Je suis sûre que même les membres de BTS n’ont pas quelqu’un pour faire ça à leur place!

La collecte des ordures version marchand de glace

Je dois avouer que sur ce coup là, j’avais été prévenue. En allant manger chez l’excellent Foodi-jia-ba-buay, j’avais discuté avec le très gentil patron et lui avait demandé ce qu’il préférait à Taïwan. Il m’avait répondu les camions poubelles. Alors au début, à Taipei notamment, à chaque fois que j’en croisais un, je l’examinais sous toutes les coutures en pensant qu’il s’était moqué de moi. C’est à Kaohshiung que j’ai compris. En me baladant, je suis tombée sur ce truc bizarre avec en bruit de fond une petite musique comme celle du marchand de glaces aux États-Unis.

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Je croyais être dans Rencontres du 3ème type. Hyper excitée à l’idée de rencontrer des extra-terrestres, j’ai suivi la musique. Qui m’a menée au camion poubelle pour le recyclage. Pas un alien en vue. Juste les habitants du quartier qui venaient jeter leur poubelle et en profitaient pour discuter entre voisins (et accessoirement vérifier que le voisin du 3ème avait bien trié ses déchets cette fois).

Le trésor national du pays est un chou en jade. Accompagnée de son bout de viande en pierre.

Le musée phare de Taïwan est sans doute le National Palace Museum. En gros c’est là que sont exposées toutes les pièces que Tchang Kaï-Chek a embarquées avec lui quand il a fui les communistes pour monter un gouvernement à Taïwan. Ces pièces sont un vrai trésor pour les Taïwanais mais aussi pour les Chinois. A tel point que Taïwan a proposé de les céder à la Chine en échange de son indépendance.

Donc dans ce musée, il y a des pièces anciennes d’artisanat, des vases Ming, des gravures et des textes officiels hyper vieux. Mais ce qui attire vraiment les gens, ce pour quoi ils font la queue à l’extérieur de la salle, ce qui a droit à sa salle particulière avec affiches explicatives c’est ça:

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Un chou en Jade surmonté d’une sauterelle et une pierre taillée et peinte pour ressembler à un bout de viande. Deux pièces plutôt récentes mais qui ont gagné leur notoriété grâce aux visiteurs qui les ont choisies comme leurs pièces préférées. Si leur portée historique et artistique est plutôt réduite, elles n’en demeurent pas moins le clou de la visite et les best-sellers de la boutique souvenir.

10 bonnes raisons d’aller voir des un tournoi de Sumo à Tokyo

En ce moment a lieu le tournoi de Sumo de Fukuoka, le Kyushu Basho.  Au Japon, il y a 6 tournois de sumo dans l’année (les mois impairs) et un sur deux a lieu à Tokyo au Kokugikan Sumo Hall. Le Jacques Chirac en moi avait très envie d’y assister. Alors lorsque j’ai planifié mon voyage au Japon, je me suis débrouillée pouvoir assister à un tournoi. J’ai adoré cette expérience, qui reste un de mes meilleurs souvenirs du séjour. Au delà de l’aspect divertissant, c’est l’occasion de rencontrer des Japonais et de participer, très humblement, à une tradition séculaire. Et pas besoin d’être un fin connaisseur pour apprécier. Si vous en doutez, voilà 10 bonnes raisons de tenter l’expérience:

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1. Parce que les rikishis (nom japonais des lutteurs) sont plus forts que Tom Brady, le quaterback superstar et mari de Gisèle Bündchen.

2. Parce que la boutique du Kokugikan Sumo Hall, propose tout ce que vous pouvez imaginer et même plus sur le sujet: livres, stylos, t-shirts, cartes postales mais aussi peluches et boules à neige.

3 Parce que sur une journée, vous pouvez voir toutes les catégories, des juniors à la Makuushi, la division des Yokozunas (les plus grands champions). Un peu comme si avant de voir un match de L1 vous commenciez par l’équipe des poussins pour enchaîner ensuite sur la division d’honneur et ainsi de suite

4 Parce que dans les rediffusions de l’équipe TV, on ne se rend pas bien compte du bruit que ça fait, deux types de 200 kilos qui se mettent des baffes.

 

5 Pour écouter le tambour accompagner la sortie des visiteurs. Même sous une pluie battante, c’est magique

6 Parce qu’un athlète de haut-niveau c’est pas seulement quelqu’un avec un corps tout en muscle.

7 Parce qu’on n’est plus au 18ème siècle et qu’il n’est plus possible d’aller voir du sumo féminin dans un bordel. Du coup il faut bien se rabattre sur les hommes. sumo-hist-art1

8. Parce que le rikkishi qui perd au bout de 45 secondes (voir moins) après des années d’entrainement mérite vos applaudissements

9. Parce que les supporters japonais ont préparé des chansons et des banderoles pour encourager leur chouchou.

10. Parce qu’avec un peu de chance, un Yokozuna se fera battre par un lutteur de niveau inférieur et on pourra lancer nos coussins sur le dojo.

 

 

Infos pratiques :

Il y a 6 tournois dans l’année (pendant les mois impairs) dans différentes villes : Tokyo, Osaka, Nagoya et Fukuoka. Chaque tournoi dure 15 jours.

Pour acheter des places, rendez-vous sur le site officiel . Les derniers jours des tournois, les week-ends et le tournoi de Tokyo sont très demandés. Vous aurez plus de chance en choisissant le début d’un tournoi, pendant la semaine. Sinon Trip Advisor propose des excursions à Tokyo, pour assister aux deux dernières divisions et visiter le musée. Ne réussissant pas à avoir des places, on est passé par eux. On a pu bénéficier de la visite du musée et de l’expertise de notre guide, qui était une fervente supportrice de Endo.

A Tokyo, il est possible de (bien) manger sur place. N’hésitez pas à vous promenez dans le quartier, vous croiserez sûrement des rikishis qui accepterons selfies et autographes.

Pour se renseigner, en France :

Le Paris Sumo Club

L’incontournable site dosukoi

Le livre de Kazumi Yoshinaga, Mémoire d’un lutteur de sumo raconte l’envers du décor d’une façon très abordable. C’est aussi un récit inspirant sur comment atteindre ses objectifs!

Dans Mario de Marcel GISLER, Olive aime Tom.

Lundi soir, un ami m’a proposé de l’accompagner voir le film Mario de Marcel GISLER en avant première. Lui n’avait pas envie d’y aller parce que, d’après lui, dans les films d’amour gay, soit tout le monde est heureux et c’est chiant, soit tout le monde meurt et c’est triste. Comme je n’avais rien à faire, que c’était gratuit et qu’il faisait chaud, j’ai dit d’accord. Au pire, il y aurait la clim. (En vrai j’ai dit oui parce que j’aime bien voir des films et qu’il y aurait ensuite un échange avec le réalisateur et que j’étais curieuse.)

Donc Mario, c’est un peu un cross-over entre Roméo et Juliette et Olive et Tom. Sauf qu’Olive s’appelle Mario et que Tom c’est Leon, nouvelle recrue et potentiel rival arrivé cette saison dans l’équipe. Et qu’ils sont tous les deux attaquants dans un club de foot Suisse, catégorie moins de 21 ans, espérant passer pro la saison suivante. A force d’être toujours ensemble dans leurs corps toujours en forme et super entraînés, ils tombent amoureux.

Dis comme ça, le film aurait pu être aussi chiant que mon ami l’avait prédit et cette sortie n’aurait eu d’autre intérêt que de profiter de la clim. Même le réalisateur était sceptique au départ quand on lui a proposé le projet. Mais il s’est rendu compte que si le sujet paraissait évident (l’homosexualité et le foot), il n’avait que très peu été traité au cinéma et que le contexte suffisait à transformer le pitch en une véritable tragédie grecque. Sans les deux ex-machina et les tirades en vers. A la place, Mario et Leon vont devoir nier leur relation, résister à la rumeur, ne pas céder aux provocations et composer avec leur club et leurs coéquipiers. Dans un dialecte suisse-allemand presque sexy.

La première chose que réussit le film, c’est de créer une belle histoire d’amour entre deux jeunes hommes, sans en faire trop. Il parvient à instaurer du romantisme dans des petits détails (une passe, un port-clef…) et parvient le tour de force de transformer une partie de Playstation en premier rendez-vous. On s’attache très vite à Mario et Leon, on a envie qu’ils soient heureux ensembles, deviennent footballeurs pro et mettent fin à l’homophobie et la norme hétéro dans le monde du foot.

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Si Marcel GISLER s’y connait en histoire d’amour (son premier film était déjà une histoire d’amour entre hommes dans le milieu du punk), il dit ne pas être un grand fan de foot. Pour compenser, il s’est pas mal documenté et a pu travailler avec différents clubs en Allemagne et en Suisse pour réaliser son film. Il a ainsi pu utiliser les noms, maillots et stades des équipes mentionnées dans le film.

La représentation du monde du foot, surtout amateur est l’autre réussite du film. Loin des stades pleins et des tifos gigantesques, Mario et Leon jouent leur avenir le dimanche matin, dans des stades aux trois quarts vides devant des équipes dont ils ne savent même pas prononcer le nom. Et pourtant, il y a autant de suspense que dans un huitième de finale de coupe du monde face à l’Argentine. Parce que chaque match ou même entrainement permet à la fois de développer la relation entre les deux attaquants mais aussi d’accentuer la pression qu’ils subissent. Un coéquipier qui qualifie une frappe de «frappe de pédé» et on se demande si toute l’équipe est au courant, un carton rouge et on se demande si tout est bel est bien fini pour le héros.

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Si on était dans Olive et Tom, le talent et les frappes improbables des joueurs auraient tellement impressionné tout le monde qu’on les aurait laissés être amoureux. Peut-être même qu’on les aurait portés en triomphe parce qu’on était content pour eux. Mais dans Mario, la réalité prend le dessus. Et si les spectateurs (et le réalisateur) auraient aimé un happy end, Marcel GISLER est resté fidèle à son créneau réaliste jusqu’à la fin. De la même façon que le film est romantique sans être mièvre, réaliste sans pathos, il s’attache à décrire un problème de société sans complaisance ni angélisme Pas de méchant désigné ni de violence flagrante. Juste la réalité aujourd’hui du monde du foot. Aucun club ni footballeur n’affichera un comportement clairement homophobe. Mais pas un joueur de haut niveau ne s’affichera en vacances avec son mari en une de Closer.

Au final, le film n’était ni chiant ni désespérant. Il était surtout extrêmement touchant. De part la justesse des acteurs et du scénario sans doute. Et puis car même si on n’est ni gay ni footballeur, on ne peut que se retrouver dans Mario et Leon confrontés à un choix cornélien entre leur rêve de petit garçon et leur bonheur d’adulte. Ils nous rappellent cruellement que dans la vie, on ne peut pas toujours avoir ce que l’on veut même si on a travaillé dur pour ça. Une soirée émouvante mais pas très fun au final. 

Avec mon ami,  on s’est consolé en se disant qu’on pourrait toujours aller voir des footeux amoureux pendant les Gay Games de Paris. Et des cheerleaders. Et de la natation synchronisée masculine aussi.


 

Elvis & Nixon: Aloha from DC

Vous savez ce voisin dans la chanson de NTM qui «en bon fan d’Elvis passe son week-end à foutre à fond des live de Memphis»? Et bien c’est un peu moi. Depuis ma prime jeunesse, je suis fan d’Elvis Presley. J’ai appris à jouer certains de ses morceaux au violon, j’ai tanné mon père pour qu’il achète les disques, je connais par cœur ses mimiques dans Aloha from Hawaii et j’ai harcelé mon mec pour qu’on aille visiter Graceland (au final, il a bien aimé).

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Donc quand il y a «Elvis» dans le titre d’un film, j’y vais. Et quand Elvis est joué par Michael Shannon, j’y vais en toute confiance.

Je suis donc allé voir Elvis & Nixon à la fois ravie et curieuse. Le film raconte la rencontre entre Elvis Presley et Richard Nixon, à la demande du King, à la Maison Blanche le 21 décembre 1970. Presley avait sollicité cette entrevue afin de faire part au Président de son envie de s’engager pour son pays en luttant contre la drogue. Il souhaitait devenir un agent fédéral «non officiel».

L’intrigue du film est plutôt mince: on sait qu’Elvis va rencontrer Nixon et qu’il n’aura pas un rôle majeur dans la lutte contre la drogue. Même si quelques personnages et intrigues secondaires (à noter Jonny Knoxville en acolyte d’Elvis) viennent nourrir les 1h30 de film, il faut bien se dire que ce n’est pas pour l’histoire qu’il faut se déplacer. Le réalisateur essaye bien d’instaurer quelques ressorts comiques, qui reposent essentiellement sur l’absurdité de la demande d’Elvis Presley mais la blague est assez vite usée jusqu’à la corde. De même, le paradoxe entre Elvis qui se revendique comme un adulte tout en apparaissant comme un enfant qui veut devenir agent secret est bien trop appuyé et lasse rapidement.

Le film tient avant tout grâce aux deux acteurs principaux. Le parti pris des acteurs et du réalisateur est de ne pas d’être dans l’imitation ou le concours de sosie mais plutôt dans l’évocation. Michael Shannon ne ressemble pas du tout à Elvis mais lui emprunte ses objets fétiches (lunettes, bijoux) et quelques attitudes qui suffisent à poser le personnage. Il s’en sort ainsi honorablement, sans être dans la caricature et en pouvant jouer Elvis qui va voir Nixon plutôt qu’en imitant le King. Nixon lui est joué par Kevin Spacey (qui a l’air de se spécialiser dans les rôles de Président des États-Unis. J’ai hâte de le voir en Trump ou en Hillary Clinton). Il adopte la même technique (costard, dos voûté) mais comme je suis moins familière de Nixon, je ne suis pas pu autant projeter le personnage. Lui aussi s’en sort en évitant d’être ridicule, ce qui n’est déjà pas si mal.

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Le vrai point fort d’Elvis & Nixon est de montrer le pouvoir d’attraction et de séduction qu’Elvis Presley exerçait, sans toujours le vouloir sur les gens. Il y a bien sur tous les fans, tous ceux qui sont fascinés mais aussi ceux qui, sceptiques ou hostiles y vont de leur petit commentaire et qui finissent par reconnaître son charme et sa gentillesse. Le film s’emploie à montrer un Elvis, à la fois superstar un peu déconnecté mais aussi très humain. L’hypothèse du film est que, dans ce monde où il peut presque tout obtenir, son alter-ego devient alors le Président des États-Unis. Cela donne naissance à quelques scènes en miroir plutôt réussies et un monologue sur les fragilités d’Elvis plutôt artificiel.

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En ressortant du film, j’étais plutôt de bonne humeur. La bande son est assez bonne, les acteurs agréables et quelques scènes sont vraiment bien senties. J’ai passé un bon moment. Je pense que j’en aurais passé un tout aussi bon avec un disque ou une bio. Ou à l’expo des archives nationales.

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Lonesome Dove 2, la revanche des sentiments.

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Lonesome Dove épisode 2 est la suite de Lonesome Dove épisode 1, comme vous auriez pu vous en douter. Et pour lire le 2, il faut avoir lu le 1 (et en règle général, dans la vie, tout le monde devrait lire le tome 1 car c’est un super livre.). Dans ce tome, Gus, le Capitaine et leur fine équipe poursuivent leur voyage depuis le Texas vers le Montana. Le périple comprend une étape chez Clara, le grand amour de Gus, pour l’aspect romantique, des révélations sur la paternité, pour l’aspect Shakespearien, de la justice rendue façon far-west, pour l’aspect dramatique et aussi pas mal de rencontres avec des bandits et des Indiens.

Si le premier tome avait été très descriptif et contemplatif, le second est riche en rebondissements. Ceux-ci sont cette fois-ci plus variés puisque, en plus des péripéties liées à la difficulté de transporter du bétail du Nord au Sud des États-Unis, l’équipe de Hat Creek va devoir faire face à ses sentiments et ça, ça ne peut pas se résoudre en un coup de lasso ou de revolver. Un des talents de Larry Mcmurtry est de confronter ses personnages à des événements inattendus mais réalistes. On n’a jamais l’impression que les scènes sont absurdes ou que le sort s’acharne sur tel ou tel membre de l’équipe. J’ai pris énormément de plaisir à voir l’histoire évoluer. Moi qui d’habitude anticipe les obstacles que les personnages vont rencontrer, j’ai été très surprise par le déroulement des événements dans ce roman. Je crois que j’ai fini presque chaque chapitre le souffle coupé en me disant «Mais c’est pas possible! Comment vont-ils s’en sortir!» (Attention spoiler, la plupart du temps, ils ne s’en sortent pas.)

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L’autre talent de Larry Mcmurtry est d’avoir créé des personnages très bien caractérisés avec une logique d’action affirmée. Ainsi, quand un personnage comme le Capitaine dont le moteur d’action principal est l’honneur doit choisir entre une vieille amitié et l’honneur, on comprend son choix, même s’il nous brise le cœur. Vous l’aurez peut-être compris, ce tome 2 est assez triste. L’auteur passe tout le tome 1 à nous dépeindre des personnages très attachants pour ensuite pulvériser leurs illusions ou bien les détruire. Mon cœur a été brisé à de nombreuses reprises pendant ces 620 pages mais je ne regrette pas ma lecture. On est en pleine conquête de l’Ouest, période violente durant laquelle la vie n’avait pas le même prix qu’aujourd’hui (par exemple, on punissait de pendaison les voleurs de chevaux). C’est un bon moyen de se rappeler à quel point la création des États-Unis a été violente et récente. Cela permet, peut-être, d’apporter un éclairage sur les différences culturelles entre l’Europe et ce pays et de mieux comprendre certains phénomènes qui, de chez nous, semblent absurdes.

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C’est donc le cœur serré que j’ai refermé Lonesome Dove. D’abord à cause de l’histoire mais aussi car je ne retrouverais plus tous ces personnages que j’ai appris à aimer pendant 1200 pages. Fini les descriptions des cours d’eau entre le Texas et le Montana, fini les discussions entre cow-boys sur les choses de l’amour et les putains, fini les recettes de sauterelles à la mélasse de Po Campo. Je n’aimerait pas être le livre que je vais lire après, car il risque de souffrir de la comparaison. Si d’ailleurs vous avez des suggestions de lecture je suis plus que preneuse.

En attendant de trouver le prochain livre qui fera battre mon cœur, je vais me consoler avec la mini-série.

 

The Neon Demon, de la A list à la série Z

Cela fait plus d’une semaine que j’ai vu The Neon Demon et je ne sais toujours pas quoi en penser. Quand j’en parle autour de moi, les réponses sont toujours très tranchées, du «Quoi, mais tu n’as pas reconnu le pur génie à l’œuvre?» au «Mais, tu ne t’es pas rendu compte du navet que c’est?». Pas très constructif donc.

The Neon Demon de Nicolas Winding Refn, raconte l’histoire de Jesse, jeune et jolie fille qui vient à Los Angeles pour faire carrière dans le mannequinat. Sa route est jalonnée de rencontres, plus ou moins bienveillantes (plutôt moins en fait). Ce parcours initiatique est, pour le réalisateur, l’occasion d’aborder un sujet qui habite toute son œuvre, au moins d’un point de vue formel: la beauté. Les échanges entre les personnages à ce sujet sont l’occasion pour lui de défendre son point de vue (pas très original) de façon plus ou moins habile. Et pour lui, la beauté est tout et se suffit à elle-même.

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C’est un peu ce qui m’a gênée dans le film. Cette fois ci, encore plus que d’habitude, NWR (on n’est pas intime lui et moi mais à chaque fois que j’écris son nom, j’ai peur de l’écorcher) privilégie la forme au fond. L’histoire est du coup assez plate et manque d’enjeux. Ce choix de la forme se révèle encore plus décevant quand le film bascule dans la série Z. Nécrophilie, bastons entre filles, cannibalisme: après les séances photos glamour, on vire dans le gore. Mais ce que j’aime moi dans le gore, c’est le sang qui gicle n’importe comment, les membres qui sautent et les têtes déformées. Ce qui n’est apparemment pas le truc de NWR qui s’évertue à filmer ces scènes avec son esthétisme habituel voir à ne pas les filmer du tout. Si on a le droit à une scène de nécrophilie hyper léchée (désolée pour le jeu de mots), le cannibalisme est passé sous silence. Sans doute pas assez glam pour le film. J’aurais aimé voir ce que le traitement de l’image à la NWR pouvait donner dans le registre gore et, tout simplement, m’amuser un peu avec des scènes de série Z.

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Cette déception n’était en fait pas la première. J’ai cru au début que The Neon Demon allait proposer des personnages féminins forts. C’était bien parti. Le premier quart d’heure, il passe le Beschdel test. Après, ça se gâte. Déjà pour la solidarité féminine on repassera. Et puis, le traitement des personnages (masculins et féminins) est très superficiel. La dualité de Jesse, femme enfant naïve qui s’avère être en fait une ambitieuse redoutable , «dangereuse» disait sa mère est seulement évoqué, en trois répliques tout au plus. Pareil pour Ruby qui passe de la grande sœur bienveillante à la prédatrice sexuelle, motivée par le désir la où ses copines sont motivés par la jalousie. Les personnages sont plutôt monolithiques et pas très nuancés. Ce qui n’aide pas l’empathie et ne stimule pas vraiment le suspense.

A cela s’ajoute la réflexion un peu lourdingue sur la beauté. J’avoue que j’ai un peu de mal quand les réalisateurs justifient leur film, ses défauts et essayent de faire passer leur message de façon directe par les personnages. Ça me donne l’impression qu’on me prend pour une idiote qui pourrait ne pas avoir compris. Ou que le réalisateur ne s’est pas donné la peine de la subtilité.

J’étais hyper impatiente de voir le film mais, de déception en déceptions, j’ai attendu la fin avec impatience, en me tortillant sur mon siège tellement je m’ennuyais. C’est dommage car il y avait des choses plutôt prometteuses, comme des moments à la limite du fantastique, une héroïne pas si naïve ou bien Keanu Reeves dans un excellent second rôle.

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Je continuerais quand même à donner leur chance aux films hués à Cannes, pour être sûr de ne pas rater un chef d’œuvre. N’oublions pas que c’est le festival qui avait conspué Pulp Fiction!

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Nos Souvenirs, le survival des suicidaires

A l’époque où il tournait la Défense Lincoln, Matthew McConaughey avait, il me semble, déclaré ne plus vouloir tourner de films au nord du Mississippi. Installé avec femme et enfants à Austin, au Texas, il ne souhaitait plus s’aventurer trop loin de chez lui. Il s’est plutôt bien tenu à ce principe et on peut dire que cela lui a plutôt réussi. Sa carrière est passée de la comédie romantique plus ou moins heureuse aux films indépendants exigeants. Ce qui lui a sans doute permis d’avoir un Oscar.

Quand j’ai vu qu’il s’aventurait très loin de chez lui, au Japon, pour un film, j’étais plus que curieuse de voir ça. Je me suis donc enfermée, par un beau jour férié ensoleillé dans une salle de cinéma pour découvrir Nos Souvenirs, de Gus Van Sant et ce qui avait poussé Matthex McConaughey à déroger à sa règle.

Dans Nos Souvenirs, Matthew McConaughey incarne Arthur, un Américian qui se rend au Japon, dans la forêt d’Aokigahara, pour se suicider. Alors qu’il voit sa vie défiler devant ses yeux, il rencontre Takumi Nakamura, venu aussi pour mettre fin à ses jours mais qui a changé d’avis et veut rentrer chez lui. Arthur entreprend d’aider Takumi à sortir de la forêt.

Gus Van Sant a toujours été pour moi un réalisateur caméléon, capable de maîtriser aussi bien le mélo hollywoodien (Will Hunting) que la satire sociale (Prête à tout) et le teen-movie indé (Paranoid Park) sans oublier le film presque expérimental (Gerry). Et même si je ne suis pas sensible à tout, je crois qu’il y a assez peu de ratés.

Premier constat et, pour moi, première déception, Nos Souvenirs s’inscrit dans cette veine des films de survie. On a eu le survival dans l’espace, le survival dans la neige, le survival dans le désert et là, on a le survival dans la forêt. Certes, celui-ci est moins formel que d’autres mais on assiste quand même à des scènes où les acteurs malmenés cherchent de l’eau/un abri/ des vêtements/ une issue. Je dois dire que je ne suis pas fan de ce genre à la base et que je commence vraiment à être lassée de le voir s’immiscer dans de nombreux films. Je me demande ce que les historiens du cinéma penseront à l’avenir de cette vague de films de survie. On risque de passer pour une bande de paranos narcissiques obsédée par la fin du monde et la survie de son espèce…

Dans Nos Souvenirs, l’originalité vient du fait que les personnes qui cherchent à survivre sont celles qui, au début, voulaient mourir. Malheureusement, cette particularité fait perdre tout enjeu à leur quête. Je n’ai pas été vraiment prise par cet aspect du film et ai été beaucoup plus séduite par l’autre intrigue, celle des souvenirs d’Arthur et sa femme (Naomi Watts).

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Car la véritable histoire du film est bien là: celle d’Arthur et de sa femme, couple marié qui connaît des hauts et des bas et dont on comprend qu’elle est la raison qui mène Arthur au Japon pour mourir. Gus Van Sant nous offre ici des scènes réalistes, originales et touchantes plutôt réussies. Elles permettent de créer de l’empathie autour du personnage d’Arthur et de l’intérêt pour ses motivations.

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Vous l’avez compris, je sors de ce film plus que mitigée. Si la réalisation est très belle et les acteurs bons, le film en lui même n’a rien d’exceptionnel. La fin m’est apparue beaucoup trop explicative et lourde. Elle invalide presque toutes les séquences réussies du film en laissant une impression de pesanteur et de «je t’explique tout au cas où tu n’aurais rien compris à mon génial twist de réalisateur à la fin». Désagréable mais pas non plus de quoi huer le film lors de sa projection à Cannes l’année dernière.

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Quant à Matthew McConaughey, à part la perspective de tourner avec Gus Van Sant et de visiter le Japon, je ne vois pas ce qui a pu le pousser à s’aventurer si loin de chez lui. Et puis j’ai regardé une carte. En fait, le Japon n’est pas très au Nord du Mississippi si on regarde attentivement. L’entorse à la règle était donc mineure!