Midnight Special, pas si spécial

J’ai vraiment adoré les trois premiers films de Jeff Nichols. D’abord parce que j’y ai trouvé des réponses à tout un tas de questions métaphysiques que je me posais, et ensuite parce que c’est encore le réalisateur qui sait le mieux utiliser le talent et la présence de Michael Shannon.

Autant vous dire que j’étais excitée comme une puce quand j’ai vu les affiches de Midnight Special.

Surtout quand j’ai entendu les gens en parler en faisant référence à E.T.

C’est donc pleine d’espoirs que je suis allée voir le film, en VOST.

Alors je dois avouer qu’au début, j’étais un peu perdue dans le film. J’avais du mal à voir la logique entre les pseudos mormons, les différents services plus ou moins secrets, les deux adultes et le gamin en cavale. Trop de non-dits, trop d’allusions pendant trop longtemps, je commençais à piquer du nez.

Et là où le film m’a vraiment perdue, c’est quand le gamin a commencé à faire sortir de la lumière de ses yeux.

Si l’histoire en soi est plutôt alléchante (un père prêt à tout pour protéger son enfant et lui permettre de s’accomplir), la science fiction et le film d’action n’étaient peut-être pas la meilleure de façon de la mettre en scène. D’habitude, Jeff Nichols arrive à insuffler du mystère et du fantastique dans des environnements très réalistes. Dans Take Shelter il parvient à figurer la fin du monde d’une façon ultra-puissante, rien qu’avec un nuage. Dans Midnight Special, la réalisation est desservie par une vision de l’ailleurs stéréotypée  et presque déjà ringarde.

Jeff Nichols avait encore une fois une superbe histoire, fine, émouvante et universelle entre les mains. J’ai eu l’impression qu’il l’a massacrée en la transformant en film d’action à regarder le dimanche soir sur une chaîne nationale.

Dans une des interviews que j’ai lues, il raconte que le film est inspiré de sa récente paternité et de ce qu’il ressent pour son fils. Et c’est vrai que le film fait penser à une femme enceinte, qui sous une montée d’hormones, trouve que c’est une bonne idée d’appeler sa fille Shakira-Violetta. Jeff Nichols lui, après avoir revu E.T, a regardé son fils et a trouvé que c’était une bonne idée de lui déclarer son amour en réalisant une course poursuite de science-fiction de presque deux heures.

Je retiendrais de ce film que Michael Shannon est vraiment un bon acteur, qui arrive à rester crédible dans toutes les circonstances, y compris quand il parle à un enfant qui porte des lunettes de piscine sur un parking et que Kirsten Dunst se révèle dans les films qui mettent en scène la fin d’un monde (Mélancholia, Virgin Suicides et même Entretiens avec un vampire…).

Et aussi que les gamins d’ E.T du haut de leurs 10 ans étaient plus dégourdis et plus malins que deux adultes et un policier Texan.

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Room, allez vous enfermer!

 

Je ne sais pas si vous vous souvenez d’Elisabeth Fritzl, Natascha Kampush , Jaycee Lee Dugard ou bien des disparues de Ohio (Amanda Berry, Georgina DeJesus et Michele Knight). Moi oui. Toutes ces jeunes femmes ont été retrouvées, des années après leurs disparitions et leurs enlèvements. J’avais passé des heures à me documenter sur ces histoires hors du commun. Au delà-de l’horreur de ce qu’elles avaient vécues, de la joie de les voir libres à nouveau, je me posais des milliers de questions. Et apparemment, je n’étais pas la seule. Je suis donc allée voir Room de Lenny Abrahamson.

Pour ceux qui ne le savent pas encore, Room raconte l’histoire de Joy, kidnappée 7 ans auparavant par «Old Nick» et qui a donné naissance à l’enfant de son ravisseur durant sa captivité. L’enfant a 5 ans lorsque le film débute et il va permettre à sa mère de s’évader. Le film raconte donc la captivité et l’après.

Dit comme ça, on se dit que ce film est complètement glauque et voyeur et qu’on va pleurer pendant deux heures. Mais le réalisateur a pris le parti de filmer du point de vue de Jack ce qui fait de Room un film plutôt optimiste: Jack a été préservé par sa mère, Jack est un enfant qui s’adapte et qui est tourné vers l’avenir.

La première partie du film est extrêmement bien réussie. Le film dépeint la réalité de la chambre d’après les émotions de Jack pour qui elle est le monde puis c’est la vision de Joy, qui est privilégiée. La chambre est donc à la fois le monde, le lieu de l’horreur et celui de l’enfermement. Les scènes sont saisissantes, angoissantes et grâce au talent des acteurs (Oscar amplement mérité pour Brie Larson et mention spéciale pour le jeune Jacob Tremblay). Grâce à eux, l’empathie est vraiment très forte et on passe par tout un panel d’émotion qui vont du désespoir à l’admiration en passant par le dégoût et l’attendrissement.

Cette charge émotionnelle atteint son apogée avec la séquence de l’évasion. Cela faisait longtemps que je n’avais pas été à ce point là saisie par l’enjeu d’une scène.

Le reste du film est malheureusement bien moins prenant. Alors que la réalisation des séquences de captivité était au plus proche des émotions de Joy et son fils, la réalisation devient celle d’un téléfilm de l’après-midi une fois les héros lâchés dans le monde extérieur. Les personnages secondaires sont de simples apparitions et restent très transparents face au duo incarnée par Joy et son fils.

On peut regretter que le film se termine sur cette deuxième partie moins originale et moins forte. On ressort avec une impression en demi teinte, qui ne rend pas justice au film. Il faut donc garder en mémoire la première partie, qui à elle seule vaut vraiment la peine.

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Si vous en voulez plus:

Brie Larson a aussi joué dans States of Grace, un film plutôt chouette (en particulier la scène d’ouverture).

Le témoignage de Michelle Knight, l’une des disparues de Cleveland.

Zootopie,thriller trop cute

 

J’avoue que j’avais un peu raté Zootopie. Je n’étais pas au courant qu’un nouveau Disney sortait jusqu’à ce qu’un dimanche soir je me retrouve à la station Concorde. Les affiches jolies et pleines d’humour ont éveillé ma curiosité et, le lundi suivant direction le cinéma pour voir le film, (en VF).

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Il faut savoir que je suis très friande de petits animaux trop mignons habillés comme nous et qui font des trucs d’humains (comme en témoigne mon pinterest ou bien mon abonnement au compte twitter des Sylvanian Families). Passé donc les premiers oh et ah, parce qu’il faut l’avouer, ce bébé lapin et ce chaton qui donnent un spectacle pour leur école sont trop cute, que reste-t-il du film?

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D’abord une enquête policière qui tient la route. Alors oui, ce n’est pas Usual Suspects mais tout n’est pas non plus complètement limpide: les rebondissements sont de vrais rebondissements et les presque deux heures de film passent sans longueur.

Et si le film passe aussi bien, c’est sans doute grâce à l’humour, très présent dans le film. Outre les jeux de mots plus ou moins potache, la transposition de clichés humains aux animaux (les employés de préfectures apprécieront l’analogie avec les paresseux) mais surtout les références en tout genre: au cinéma, à Disney lui même, à l’actualité et ça fonctionne plutôt bien.

Et il y a aussi le message. Comme c’est Disney, on se doute que ce n’est pas trop subversif. Le propos c’est qu’on «peut-être qui on veut», à la nuance près qu «il faut s’en donner les moyens», Le message bascule donc plus dans l’empowerment que dans la guimauve, ce qui aurait été vraiment trop indigeste.

Un bon Disney donc, avec une super galerie de personnages secondaires à voir même si on est un adulte!

Et pour la route, une petite vidéo de ce qui reste VRAIMENT du film une fois qu’on est rentré chez soi (et pour les jours qui suivent):

The revenant, moi aussi j’ai survécu

Je ne pouvais décemment pas manquer le film pour lequel Leonardo Di Caprio, l’icône de mon adolescence avait eu un Oscar. Après avoir suivi assidûment sa carrière jusqu’en 2010 et Inception, j’avais un peu décroché, même si j’avais quand même apprécié Gatsby et, bien sûr, Django.

Et puis Inaritu a fait des films que j’ai plutôt bien aimés, à part Birdman, mais ça c’est une autre histoire.

C’est donc vaillamment que je me suis rendue au ciné, prête pour les 2 heures 36 de The Revenant.

Je n’irais pas jusqu’à dire que j’aurais mieux fait de faire autre chose mais presque.

Le film commence plutôt bien: un décor de western glacial, des trappeurs et des Indiens qui luttent pour leur survie, leur territoire, leur histoire, leur civilisation… Bref, j’avais l’impression d’être au bon endroit.

Et puis, passé ces premières séquences, c’est l’ennui qui s’installe. Le film devient très répétitif, on a l’impression d’assister à une déclinaison cinématographique pompeuse et grandiloquente du matou revient le jour suivant. La nature, les Indiens, les éléments, les autres trappeurs, tout est ligué contre Hugh Glass et on se demande ce qui va encore lui tomber dessus. Et moi je me demande si je ne suis complètement maso pour être venue voir une de mes idoles se faire massacrer de 1001 façon différentes. A la fin du film, entre l’âge et les séquelles, j’avais du mal à le reconnaître.

L’autre point noir du film, c’est qu’Inaritu n’assume pas le côté grosse production à Oscars du film. On a l’impression qu’il veut quand même lui donner une caution film d’auteur. Alors il intègre des flash-back poétiques assez clichés et incongrus. Qui rallongent encore un peu le film.

Au bout de 2h30, alors que la fin (du film) est proche, on se dit qu’elle va être grandiose. Parce qu’il faut récompenser ce pauvre Leo qui a pris cher, et le spectateur qui, comme moi se demande un peu quel est le sens de tout ça. Alors sans spoiler personne, on peut le dire, la fin est bien plus décevante que le début, et pire que le milieu, tant sur le fond que sur la forme. La morale est plutôt convenue et très politiquement correcte (la vengeance c’est mal), ce qui invalide la motivation du héros pendant tout le film. Plutôt qu’un retournement, ce message sonne comme une trahison à l’intégrité du personnage. Quant à la réalisation, après cette débauche de coups, de bêtes sauvages et de catastrophes naturelles en tout genre, on aurait aimé plus. Mais au moins, on en a fini avec ce film et Leo a eu son Oscar. Tout le monde est content.

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Je suis sans doute un peu dure et le film a quand même des qualités (paysages magnifiques, plans superbes et distribution réussie). Mais je trouve un peu dommage que la collaboration entre le réalisateur de 21 grammes et de Babel avec l’acteur de Gilbert Grape et Shutter Island donne naissance à 2h30 de grognements et d’épreuves dignes d’un Koh Lanta dans la neige pensé par le pervers de Saw.

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Martha Jane Cannary, une bio en bd

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J’avais été plutôt triste lorsque j’ai fini le fils de Philipp Meyer. Ma soif de western, de grands espaces et d’Indiens n’était pas tout à fait étanchée. Mais ne le sera-t-elle jamais?

C’est donc avec beaucoup d’attentes que je me suis plongée dans la biographie en bande dessinée de Calamity Jane par Christian Perrissin et Matthieu Blanchin, chez Futuropolis.

Je connaissais un peu la vie de Calamity Jane. Au collège, j’avais vu la pièce adaptée des lettres à sa fille et comme tout le monde, je connaissais sa réputation et l’imagerie populaire. Mais je ne n’étais jamais allée plus loin.

Le premier point fort du livre, c’est qu’il raconte toute la vie de Calamity Jane en la replaçant de le contexte socio-historique. Conquête de l’Ouest, place des femmes, pauvreté et même développement de la communauté mormone, tout y est. Et ça permet de mieux comprendre le personnage. La soif de liberté, la vivacité et le courage de Martha Jane s’opposent à la misère, aux convenances et à la violence de son époque. Plus qu’une calamité, elle apparaît comme une vraie hors la loi.

Mais au-delà de la figure fun et badass, c’est surtout une femme seule, rongée par la culpabilité et les pertes successives des personnes qu’elle aime (sa mère, ses frères et sœurs, son mari, sa fille…) qui essaye de vivre quand même. Tout le livre alterne donc les anecdotes connues et rocambolesques comme la bataille de Little Big Horn ou bien sa participations aux cirques ambulants avec des moments beaucoup plus intimes et très touchants qui nous font nous senir très proches de Martha Jane.

La grande réussite du travail de Perissin et de Blanchin réside dans le point de vue qu’ils ont réussi à adopter. Si leur empathie pour le personnage est perceptible, elle ne s’exprime pas au détriment des faits historiques recueillis. Ils parviennent à retranscrire les faits grâce à un important travail de recherche tout en faisant vivre un personnage émouvant.

Je m’étais plongée dans La vie aventureuse de celles que l’on nommait Calamity Jane pour oublier Le fils, et ça a parfaitement fonctionné. En refermant le livre, j’ai eu l’impression d’avoir passé quelques soirées en compagnie d’une femme exceptionnelle et touchante que j’ai maintenant hâte de retrouver.

calamity bad lands (179 x 250)     calamity inside (181 x 250)

Pour passer plus de temps avec Martha Jane :

La série Deadwood,

Lettre à sa fille

clamity tombe

Calamity Jane en 1903 devant la tombe de son grand amour, Wild Bill Hickock.

Et en musique:

Bill & Jane par Chloé Mons et Alain Bashung

https://www.youtube.com/watch?v=dKlKBLioYX8

Et la contribution d’Annie Cordy

https://www.youtube.com/watch?v=pV36lOMGhRg