Lonesome Dove, western contemplatif

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Alors que je me lamentais d’avoir fini Le Fils, des amis bien attentionnés m’ont recommandé Lonesome Dove de Larry McMurtry (connu pour être le co-scénariste du Secret de Brokeback Moutain). Je les en remercie. Lonesome Dove est un roman en deux tomes, de plus de 500 pages chacun qui raconte l’épopée de Gus et du Capitaine, deux anciens Texas Rangers qui décident en 1880, avec une poignée de jeunes cow-boys, d’acheminer du bétail du Texas vers le Montana pour y fonder un ranch.

Pour le moment, je n’ai lu que le premier tome et j’ai déjà hâte de commencer le second.

Le premier tome est l’occasion d’une présentation assez longue des différents personnages. Sous la chaleur accablante du Texas, on fait la connaissance de Gus, le bavard un peu alcoolique et fainéant et du Capitaine, véritable bourreau de travail taciturne. Tous les deux vivotent dans leur ranch, louant à l’occasion un cheval ou une carriole et allant piquer au Mexique le bétail qu’ils revendront. Ils ont sous leurs ordres Deets, Newt et Bol, un bandit-cuisinier. Pour compléter le tableau, il faut ajouter qu’il y a à Lonesome Dove un saloon et une putain, Lorena, qui rêve de San Francisco.

Arrive bientôt Jake Spoon, leur ancien acolyte chez les rangers qui leur donne l’idée de partir dans le Montana pour faire fortune. Aux deux tiers du livre, la fine équipe et son troupeau se lance dans un road-trip qui va leur faire traverser l’ensemble du pays, du Sud vers le Nord.

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Si le début du roman est très linéaire, avec le départ du convoi, les intrigues se multiplient, de nouveaux personnages apparaissent, suivant chacun leur route dont on se doute qu’elles finiront toutes par converger au Montana (ou avant). C’est l’occasion de varier les points de vue, de faire durer le suspense et surtout de jouer avec le rythme de la narration.

L’auteur arrive vraiment à adapter son style aux événements rencontrés par les personnages. Le début est très tranquille. On se sent comme Gus, à moitié ivre sous un porche par 100° Fahrenheit. A partir du moment où le voyage débute, on lit au rythme de la chevauchée. On est bercé par le rythme du livre et on a vraiment l’impression de faire partie du voyage.

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Disons le clairement, Lonesome Dove ne joue pas sur la surenchère des péripéties. Ce western-ci s’attache principalement à décrire la quotidienneté de la vie de cow-boy ou de putain. La plupart du temps, les personnages et le lecteur sont sur leurs gardes, attendant qu’il se passe quelque chose. Et quand un rebondissement survient, ce n’est jamais celui auquel on s’attendait. Il n’en est alors que plus puissant.

Larry McMurtry préfère se concentrer sur des détails inattendus qui pourraient-être insignifiants ou sur les relations entre les personnages (la relation entre Gus et le Capitaine est une véritable bromance) plutôt que sur des scènes tapageuses et une surenchères de péripéties. Et ça fonctionne. Son sens de l’observation et son talent de narrateur suffisent à captiver le lecteur.

Mais rassurez-vous, Lonesome Dove remplit haut la main le cahier des charges de tout bon western. On y trouve aussi des hors-la-loi, des renégats et des Indiens.

Tous ces éléments font de Lonesome Dove un western atypique. C’est sans doute ce qui lui a valu un prix Pulitzer et une adaptation télévisuelle sous la forme d’une mini-série un peu kitch au casting trois étoiles (pour les années 80).

 

(Je vous ai mis la bande annonce en anglais mais la série a été traduite en français. )

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La reine ou les Harlem Globetrotters?

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Début avril, pour mon anniversaire, mon copain m’a offert des places pour aller voir les Harlem Globetrotters, cette équipe de basket acrobatique originaire de Chicago (comme son nom ne l’indique pas) et qui se produit dans le monde entier. Le show mêle match de basket, prouesses techniques et humour potache, sur fond de musique pop et d’apparitions de Globie, la mascotte trop mignonne. C’était un de mes rêves depuis toute petite. J’étais donc excitée comme une puce de me rendre à Bercy samedi soir.

Et je n’étais pas la seule à fêter son anniversaire puisque c’était également les 90 ans des Harlem Globetrotters. Et devinez qui fêtait aussi ses 90 ans? Pas moi évidement, mais la Reine d’Angleterre. Et plus le match avançait, plus je me disais que les deux avaient pas mal de points communs.

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Pour commencer, les deux ont vu le jour en 1926, année marquée par l’essor du communisme, quelques coups d’état, la construction européenne et, il faut le souligner le passage à la semaine de 40 heures pour les fourreurs américains. C’est aussi l’année de naissance de Jerry Lewis, Valery Giscard d’Estaing, Hugh Heffner et Leslie Nielsen. Une bonne année pour l’humour dirons nous.

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Ensuite, les deux ont parcourus le monde. Les Harlem Globetrotters peuvent se vanter d’avoir joué plus de 26 000 matchs dans 122 pays (sur 197) tandis que cette chère Queen Mum a effectué des visites dans plus de 130 pays. Et ils ont même visité des pays qui n’existent plus!

Et comme si ça ne suffisait pas, comme toute célébrité qui se respecte, la reine Elizabeth et les Harlem Globetrotters ont des amis célèbres. Nelson Mandela et les Pape Jean-Paul 2 et François ont été nommés membres honorifiques des Harlem Globetrotters. Elizabeth, elle, se fait prendre en photo par Annie Leibowitz et fête son anniversaire avec Barack Obama.

Et que fait une célébrité quand elle a une vie super cool? Elle rétablit (un peu) la balance en faisant preuve de générosité. La reine parraine plus de 600 associations caritatives: enfance, animaux, environnement, sport, santé, rien ne lui échappe. Les Harlem Globetrotters eux, ont recentré leur mission. Si le niveau de cette équipe, entièrement afro-américaine, a sans doute participé à la lutte contre la ségrégation à ses débuts, leur engagement militant est aujourd’hui tourné vers l’enfance et l’éducation, plus particulièrement les enfants malades et ceux victimes de harcèlement à l’école.

Enfin, la Reine Elizabeth et les Harlem Globetrotters collectionnent les records dans des domaines variés. Elizabeth 2 est le monarque britannique à avoir régné le plus longtemps (c’est aussi le 2ème règne le plus long au monde, derrière le roi thaïlandais Bhumibol Adulyadej). C’est aussi celle qui a visité le plus de pays, a été la première à envoyer un mail, un message sur la lune et à sortir pour un bain de foule. Les Harlem Globetrotters ont eu 7 records homologués dans le Guinness book que vous pouvez découvrir ici en vidéo:

Enfin, ces deux institutions sont maintenant des monuments de la pop culture. Apparitions télé, produits dérivés, expressions populaires, on ne compte plus les allusions à ces deux monuments dans la pop culture. Voyons si vous êtes au point!

Alors la reine, les Harlem Globetrotters ou les deux?

Qui a fait une apparition dans les Simpsons ?

Les deux!

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Qui est un personnage récurent de Futurama ?

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Les Harlem Globetrotters, la Reine, elle a «roulé le grand Cigar»

Qui a eu son propre show?

Les deux. Un documentaire un peu barbant pour la Reine vs un dessin animé Hanna Barbera pour les Harlem Globetrotters:

Qui a inspiré des titres aux Beatles, à Primal Scream et aux Smith ?

Elizabeth, évidemment. Les Harlem Globetrotters se «contentent» d’un hymne et d’un générique.

Qui a créé sa propre race de chiens?

La reine, un croisement de teckel et de Corgi le Dorgi Un petit chien qui doit galérer avec ses petites pattes pour sauter sur le canapé. L’antithèse du basketteur quoi.

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Mes concerts à venir

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Le printemps est une saison que j’adore pour beaucoup de raisons; l’une d’elle est que c’est généralement le moment où ont lieu plein de chouettes concerts à Paris. Et quand on y va, pas besoin de porter son attirail d’hiver (doudoune, écharpe, bonnet, gants) pendant qu’on profite du show. Enfin, j’adore sortir d’un concert quand il fait encore jour et aller boire un verre en terrasse pour prolonger ce moment.

Alors voici ma programmation pour le printemps 2016, qui pourra encore s’enrichir en fonction des annonces et coups de cœur de dernière minute. Peut-être qu’on se croisera à certains d’entre eux.

On commence mardi 19 avril avec Giant Sand au Trabendo.

Ce sera peut-être l’un des derniers concerts d’Howe Gelb et du groupe. Lors de leur concerts à la Gaîté lyrique en décembre, Howe avait annoncé qu’il se sentait trop vieux pour continuer le groupevgbbbbbb. Le concert avait pris l’allure d’un passage de relais aux plus jeunes (sa fille, ses musiciens). Le concert avait vraiment été très bon et très émouvant. J’ai à la fois hâte de voir ce que nous réserve celui du Trabendo et en même temps, je voudrais que ça arrive le plus tard possible. Parce que c’est sans doute la dernière fois que je les verrai sur scène.

Je serais ensuite le 3 mai à la Cigale pour écouter The Kills.

L’annonce de cette date m’avait mise dans tous mes états. J’adore ce groupe mais je n’ai malheureusement que trop peu l’occasion de les voir sur scène. Souvent, quand ils annoncent une date, soit j’ai déjà des places pour un autre groupe que j’adore le même soir, soit je ne suis pas à Paris. J’étais tombée amoureuse de leur précédent album, Blood Pressure, du genre à l’écouter en boucle des journées entières. Et là, j’ai ressenti la même chose avec leur nouveau single. J’espère que le nouvel album sera à la hauteur de mes espérances mais je leur fais confiance.

Le 11 mai, j’irai écouter XIXA à la Flèche d’Or.

XIXA, ce sont deux des musiciens de Giant Sand, que j’ai découvert lors du concert de la Gaîté Lyrique. Certaines chansons me transportent instantanément à Tucson, au milieu des javelinas et des cactus saguaro (un jour il faudra que je vous dise tout l’amour que j’ai pour cette ville). D’autres, plus pop ou plus folk, permettent de vraiment apprécier la qualité des compositions du groupe, même si on n’a pas d’affinités avec la Cumbia (ce que j’ai personnellement du mal à concevoir).

Puis le 5 juin, ce sera We Love Green, au parc de Vincennes.

La programmation est vraiment bien faite pour moi puisque les trois groupes que je veux voir passent le même jour.

La première qui m’a décidée à prendre mon billet c’est PJ Harvey

Je crois que j’ai aimé les albums de PJ Harvey dès que j’ai découvert To Bring you my Love et ses chansons hypnotiques. Elle est assez vite devenue une référence, un modèle pour l’ado que j’étais. Je l’ai suivie attentivement pendant des années, allant la voir en concert à chaque fois que je pouvais (4 ou 5 fois je crois, dont une avec Marainne Faithfull). Et puis j’avais lâché à la sortie de White Chalk, qui ne me parlait pas du tout. Son nouveau titre m’a vraiment convaincue, j’espère que la suite et surtout le concert seront à la hauteur. Et qu’elle jouera ses premières chansons!

Je profiterais aussi ce soir là de Fat White Family

J’ai découvert ce groupe en concert à Rock en Seine il y a deux ans je crois, et ça a vraiment été un coup de foudre. Voir Fat White Family en concert, c’est un peu comme être invité  à une boum chez Dionysos (le dieu, pas le groupe) ou aller à un brunch avec Jim Morrison (le vrai). C’est décadent et bon enfant . On en prend plein les yeux, plein les oreilles et ça fait du bien. Le groupe a d’excellentes compositions et une présence sur scène que beaucoup doivent leur envier. Il enchaîne les dates en étant toujours aussi généreux et délirant, comme si chacun de leurs concerts était à la fois le premier et le dernier.

Enfin, ce We Love Green sera pour moi l’occasion de voir Air sur scène pour la première fois.

L’électro n’est pas mon genre de prédilection. Je me déplace rarement pour aller voir ces groupes en concert mais Air a une place particulière dans mon cœur. Je me souviens de la première fois où je les ai entendu (à Nulle Part Ailleurs, en 1998 sur Sexy Boy). J’avais acheté le single le lendemain. J’ai eu tout de suite l’impression que c’était quelque chose d’unique qui annonçait un phénomène plus grand. Un peu comme quand j’avais vu les Worlds Apart chez Charly et Lulu. J’avoue que je suis curieuse de voir ce qu’ils ont préparé au niveau visuel pour ce live (Air, pas les Worlds Apart).

Et je finirai ce printemps 2016 avec FIDLAR au Trianon le 13 juillet.

FIDLAR, c’est mes sales gosses préférés. A chaque fois que je les entends, j’ai le sourire et envie de faire plein de trucs débiles. Et je ne dois pas être la seule quand je repense à l’ambiance de leur dernier concert auquel j’avais assisté au Trabendo. J’ai un peu du mal à les imaginer dans ce joli théâtre du XIXème siècle qu’est le Trianon, avec ses places assises et ses colonnes. J’espère qu’ils seront inspirés, et le public aussi.

Et vous, qui allez-vous voir?

Le Château, aventures gothiques

La Wednesday Adams en moi avait flashé sur la couverture du livre. Et en plus d’avoir un nom qui fait penser à Edward Gorey, Edward Carey, l’auteur a quitté le Royaume-Uni pour vivre à Austin, Texas. Et ça à mes yeux c’est un gage de qualité. Mais j’avais ce jour là bien trop de livres à lire pour succomber à la tentation.

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Et comme j’avais bien avancé dans mes lectures et que j’avais été vraiment très sage, le père Noël l’a déposé dans mon petit soulier (une paire de converses léopard pour être précise). Je me suis lancée dès que j’ai pu dans la lecture de ce roman loufoque aux accents gothiques et victoriens.

L’histoire est assez étrange et vraiment bizarre à résumer. Les Ferrayor sont une vieille famille qui se veut aristocratique dans le Londres de 1870. Ils vivent dans leur château, au milieu d’une immense décharge, qui est un peu leur fortune. Ils ont des traditions étranges (la possession d’un objet de naissance qu’il faut soigner et chérir toute sa vie notamment), des noms qui n’en sont pas, des mariages arrangés entre cousins et des domestiques.

Clod, 16 ans, le héros a la faculté d’entendre le nom des objets (qui eux, ont des vrais noms). Il se lie d’amitié avec une domestique de son âge (Lucy), fraîchement arrivée dans la maison.

Le roman raconte à la fois l’histoire des Ferrayor, la quête de liberté de Lucy et le passage à l’âge à l’adulte de Clod.

L’histoire, assez simple dans sa structure est bien construite. Elle est racontée principalement par Clod et Lucy mais aussi par d’autres personnages secondaires. Les changements de tons et de point de vue contribuent à créer le suspense et relancent la lecture, d’un chapitre sur l’autre.

L’autre atout de ce roman, c’est l’univers créé par Edward Carey. L’éditeur nous promettait quelque chose digne de Tim Burton. J’étais sceptique au début mais la promesse est tenue. Le monde créé par l’auteur permet des rebondissements vraiment inattendus et cohérents.

Enfin, le livre est sublimement illustré par l’auteur lui même à travers les portraits des personnages et le plan de la maison. Cela permet de se projeter encore plus dans le roman.

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Vous l’avez compris, j’ai adoré ce livre. On ne sent pas passer les 450 pages tant on est pris par la découverte du monde des Ferrayor et par l’histoire. Et puis, un peu à la manière d’une fable, le livre nous amène à nous questionner sur notre propre rapport aux objets et aux autres, notamment à la famille.

Comme souvent, après avoir lu un bon roman, on est un peu déçu de le finir. La bonne nouvelle c’est qu’il me reste deux tomes à découvrir.

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Et en bonus, encore du dessin:

Midnight Special, pas si spécial

J’ai vraiment adoré les trois premiers films de Jeff Nichols. D’abord parce que j’y ai trouvé des réponses à tout un tas de questions métaphysiques que je me posais, et ensuite parce que c’est encore le réalisateur qui sait le mieux utiliser le talent et la présence de Michael Shannon.

Autant vous dire que j’étais excitée comme une puce quand j’ai vu les affiches de Midnight Special.

Surtout quand j’ai entendu les gens en parler en faisant référence à E.T.

C’est donc pleine d’espoirs que je suis allée voir le film, en VOST.

Alors je dois avouer qu’au début, j’étais un peu perdue dans le film. J’avais du mal à voir la logique entre les pseudos mormons, les différents services plus ou moins secrets, les deux adultes et le gamin en cavale. Trop de non-dits, trop d’allusions pendant trop longtemps, je commençais à piquer du nez.

Et là où le film m’a vraiment perdue, c’est quand le gamin a commencé à faire sortir de la lumière de ses yeux.

Si l’histoire en soi est plutôt alléchante (un père prêt à tout pour protéger son enfant et lui permettre de s’accomplir), la science fiction et le film d’action n’étaient peut-être pas la meilleure de façon de la mettre en scène. D’habitude, Jeff Nichols arrive à insuffler du mystère et du fantastique dans des environnements très réalistes. Dans Take Shelter il parvient à figurer la fin du monde d’une façon ultra-puissante, rien qu’avec un nuage. Dans Midnight Special, la réalisation est desservie par une vision de l’ailleurs stéréotypée  et presque déjà ringarde.

Jeff Nichols avait encore une fois une superbe histoire, fine, émouvante et universelle entre les mains. J’ai eu l’impression qu’il l’a massacrée en la transformant en film d’action à regarder le dimanche soir sur une chaîne nationale.

Dans une des interviews que j’ai lues, il raconte que le film est inspiré de sa récente paternité et de ce qu’il ressent pour son fils. Et c’est vrai que le film fait penser à une femme enceinte, qui sous une montée d’hormones, trouve que c’est une bonne idée d’appeler sa fille Shakira-Violetta. Jeff Nichols lui, après avoir revu E.T, a regardé son fils et a trouvé que c’était une bonne idée de lui déclarer son amour en réalisant une course poursuite de science-fiction de presque deux heures.

Je retiendrais de ce film que Michael Shannon est vraiment un bon acteur, qui arrive à rester crédible dans toutes les circonstances, y compris quand il parle à un enfant qui porte des lunettes de piscine sur un parking et que Kirsten Dunst se révèle dans les films qui mettent en scène la fin d’un monde (Mélancholia, Virgin Suicides et même Entretiens avec un vampire…).

Et aussi que les gamins d’ E.T du haut de leurs 10 ans étaient plus dégourdis et plus malins que deux adultes et un policier Texan.

Room, allez vous enfermer!

 

Je ne sais pas si vous vous souvenez d’Elisabeth Fritzl, Natascha Kampush , Jaycee Lee Dugard ou bien des disparues de Ohio (Amanda Berry, Georgina DeJesus et Michele Knight). Moi oui. Toutes ces jeunes femmes ont été retrouvées, des années après leurs disparitions et leurs enlèvements. J’avais passé des heures à me documenter sur ces histoires hors du commun. Au delà-de l’horreur de ce qu’elles avaient vécues, de la joie de les voir libres à nouveau, je me posais des milliers de questions. Et apparemment, je n’étais pas la seule. Je suis donc allée voir Room de Lenny Abrahamson.

Pour ceux qui ne le savent pas encore, Room raconte l’histoire de Joy, kidnappée 7 ans auparavant par «Old Nick» et qui a donné naissance à l’enfant de son ravisseur durant sa captivité. L’enfant a 5 ans lorsque le film débute et il va permettre à sa mère de s’évader. Le film raconte donc la captivité et l’après.

Dit comme ça, on se dit que ce film est complètement glauque et voyeur et qu’on va pleurer pendant deux heures. Mais le réalisateur a pris le parti de filmer du point de vue de Jack ce qui fait de Room un film plutôt optimiste: Jack a été préservé par sa mère, Jack est un enfant qui s’adapte et qui est tourné vers l’avenir.

La première partie du film est extrêmement bien réussie. Le film dépeint la réalité de la chambre d’après les émotions de Jack pour qui elle est le monde puis c’est la vision de Joy, qui est privilégiée. La chambre est donc à la fois le monde, le lieu de l’horreur et celui de l’enfermement. Les scènes sont saisissantes, angoissantes et grâce au talent des acteurs (Oscar amplement mérité pour Brie Larson et mention spéciale pour le jeune Jacob Tremblay). Grâce à eux, l’empathie est vraiment très forte et on passe par tout un panel d’émotion qui vont du désespoir à l’admiration en passant par le dégoût et l’attendrissement.

Cette charge émotionnelle atteint son apogée avec la séquence de l’évasion. Cela faisait longtemps que je n’avais pas été à ce point là saisie par l’enjeu d’une scène.

Le reste du film est malheureusement bien moins prenant. Alors que la réalisation des séquences de captivité était au plus proche des émotions de Joy et son fils, la réalisation devient celle d’un téléfilm de l’après-midi une fois les héros lâchés dans le monde extérieur. Les personnages secondaires sont de simples apparitions et restent très transparents face au duo incarnée par Joy et son fils.

On peut regretter que le film se termine sur cette deuxième partie moins originale et moins forte. On ressort avec une impression en demi teinte, qui ne rend pas justice au film. Il faut donc garder en mémoire la première partie, qui à elle seule vaut vraiment la peine.

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Si vous en voulez plus:

Brie Larson a aussi joué dans States of Grace, un film plutôt chouette (en particulier la scène d’ouverture).

Le témoignage de Michelle Knight, l’une des disparues de Cleveland.

Zootopie,thriller trop cute

 

J’avoue que j’avais un peu raté Zootopie. Je n’étais pas au courant qu’un nouveau Disney sortait jusqu’à ce qu’un dimanche soir je me retrouve à la station Concorde. Les affiches jolies et pleines d’humour ont éveillé ma curiosité et, le lundi suivant direction le cinéma pour voir le film, (en VF).

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Il faut savoir que je suis très friande de petits animaux trop mignons habillés comme nous et qui font des trucs d’humains (comme en témoigne mon pinterest ou bien mon abonnement au compte twitter des Sylvanian Families). Passé donc les premiers oh et ah, parce qu’il faut l’avouer, ce bébé lapin et ce chaton qui donnent un spectacle pour leur école sont trop cute, que reste-t-il du film?

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D’abord une enquête policière qui tient la route. Alors oui, ce n’est pas Usual Suspects mais tout n’est pas non plus complètement limpide: les rebondissements sont de vrais rebondissements et les presque deux heures de film passent sans longueur.

Et si le film passe aussi bien, c’est sans doute grâce à l’humour, très présent dans le film. Outre les jeux de mots plus ou moins potache, la transposition de clichés humains aux animaux (les employés de préfectures apprécieront l’analogie avec les paresseux) mais surtout les références en tout genre: au cinéma, à Disney lui même, à l’actualité et ça fonctionne plutôt bien.

Et il y a aussi le message. Comme c’est Disney, on se doute que ce n’est pas trop subversif. Le propos c’est qu’on «peut-être qui on veut», à la nuance près qu «il faut s’en donner les moyens», Le message bascule donc plus dans l’empowerment que dans la guimauve, ce qui aurait été vraiment trop indigeste.

Un bon Disney donc, avec une super galerie de personnages secondaires à voir même si on est un adulte!

Et pour la route, une petite vidéo de ce qui reste VRAIMENT du film une fois qu’on est rentré chez soi (et pour les jours qui suivent):

The revenant, moi aussi j’ai survécu

Je ne pouvais décemment pas manquer le film pour lequel Leonardo Di Caprio, l’icône de mon adolescence avait eu un Oscar. Après avoir suivi assidûment sa carrière jusqu’en 2010 et Inception, j’avais un peu décroché, même si j’avais quand même apprécié Gatsby et, bien sûr, Django.

Et puis Inaritu a fait des films que j’ai plutôt bien aimés, à part Birdman, mais ça c’est une autre histoire.

C’est donc vaillamment que je me suis rendue au ciné, prête pour les 2 heures 36 de The Revenant.

Je n’irais pas jusqu’à dire que j’aurais mieux fait de faire autre chose mais presque.

Le film commence plutôt bien: un décor de western glacial, des trappeurs et des Indiens qui luttent pour leur survie, leur territoire, leur histoire, leur civilisation… Bref, j’avais l’impression d’être au bon endroit.

Et puis, passé ces premières séquences, c’est l’ennui qui s’installe. Le film devient très répétitif, on a l’impression d’assister à une déclinaison cinématographique pompeuse et grandiloquente du matou revient le jour suivant. La nature, les Indiens, les éléments, les autres trappeurs, tout est ligué contre Hugh Glass et on se demande ce qui va encore lui tomber dessus. Et moi je me demande si je ne suis complètement maso pour être venue voir une de mes idoles se faire massacrer de 1001 façon différentes. A la fin du film, entre l’âge et les séquelles, j’avais du mal à le reconnaître.

L’autre point noir du film, c’est qu’Inaritu n’assume pas le côté grosse production à Oscars du film. On a l’impression qu’il veut quand même lui donner une caution film d’auteur. Alors il intègre des flash-back poétiques assez clichés et incongrus. Qui rallongent encore un peu le film.

Au bout de 2h30, alors que la fin (du film) est proche, on se dit qu’elle va être grandiose. Parce qu’il faut récompenser ce pauvre Leo qui a pris cher, et le spectateur qui, comme moi se demande un peu quel est le sens de tout ça. Alors sans spoiler personne, on peut le dire, la fin est bien plus décevante que le début, et pire que le milieu, tant sur le fond que sur la forme. La morale est plutôt convenue et très politiquement correcte (la vengeance c’est mal), ce qui invalide la motivation du héros pendant tout le film. Plutôt qu’un retournement, ce message sonne comme une trahison à l’intégrité du personnage. Quant à la réalisation, après cette débauche de coups, de bêtes sauvages et de catastrophes naturelles en tout genre, on aurait aimé plus. Mais au moins, on en a fini avec ce film et Leo a eu son Oscar. Tout le monde est content.

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Je suis sans doute un peu dure et le film a quand même des qualités (paysages magnifiques, plans superbes et distribution réussie). Mais je trouve un peu dommage que la collaboration entre le réalisateur de 21 grammes et de Babel avec l’acteur de Gilbert Grape et Shutter Island donne naissance à 2h30 de grognements et d’épreuves dignes d’un Koh Lanta dans la neige pensé par le pervers de Saw.

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Martha Jane Cannary, une bio en bd

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J’avais été plutôt triste lorsque j’ai fini le fils de Philipp Meyer. Ma soif de western, de grands espaces et d’Indiens n’était pas tout à fait étanchée. Mais ne le sera-t-elle jamais?

C’est donc avec beaucoup d’attentes que je me suis plongée dans la biographie en bande dessinée de Calamity Jane par Christian Perrissin et Matthieu Blanchin, chez Futuropolis.

Je connaissais un peu la vie de Calamity Jane. Au collège, j’avais vu la pièce adaptée des lettres à sa fille et comme tout le monde, je connaissais sa réputation et l’imagerie populaire. Mais je ne n’étais jamais allée plus loin.

Le premier point fort du livre, c’est qu’il raconte toute la vie de Calamity Jane en la replaçant de le contexte socio-historique. Conquête de l’Ouest, place des femmes, pauvreté et même développement de la communauté mormone, tout y est. Et ça permet de mieux comprendre le personnage. La soif de liberté, la vivacité et le courage de Martha Jane s’opposent à la misère, aux convenances et à la violence de son époque. Plus qu’une calamité, elle apparaît comme une vraie hors la loi.

Mais au-delà de la figure fun et badass, c’est surtout une femme seule, rongée par la culpabilité et les pertes successives des personnes qu’elle aime (sa mère, ses frères et sœurs, son mari, sa fille…) qui essaye de vivre quand même. Tout le livre alterne donc les anecdotes connues et rocambolesques comme la bataille de Little Big Horn ou bien sa participations aux cirques ambulants avec des moments beaucoup plus intimes et très touchants qui nous font nous senir très proches de Martha Jane.

La grande réussite du travail de Perissin et de Blanchin réside dans le point de vue qu’ils ont réussi à adopter. Si leur empathie pour le personnage est perceptible, elle ne s’exprime pas au détriment des faits historiques recueillis. Ils parviennent à retranscrire les faits grâce à un important travail de recherche tout en faisant vivre un personnage émouvant.

Je m’étais plongée dans La vie aventureuse de celles que l’on nommait Calamity Jane pour oublier Le fils, et ça a parfaitement fonctionné. En refermant le livre, j’ai eu l’impression d’avoir passé quelques soirées en compagnie d’une femme exceptionnelle et touchante que j’ai maintenant hâte de retrouver.

calamity bad lands (179 x 250)     calamity inside (181 x 250)

Pour passer plus de temps avec Martha Jane :

La série Deadwood,

Lettre à sa fille

clamity tombe

Calamity Jane en 1903 devant la tombe de son grand amour, Wild Bill Hickock.

Et en musique:

Bill & Jane par Chloé Mons et Alain Bashung

https://www.youtube.com/watch?v=dKlKBLioYX8

Et la contribution d’Annie Cordy

https://www.youtube.com/watch?v=pV36lOMGhRg