The Neon Demon, de la A list à la série Z

Cela fait plus d’une semaine que j’ai vu The Neon Demon et je ne sais toujours pas quoi en penser. Quand j’en parle autour de moi, les réponses sont toujours très tranchées, du «Quoi, mais tu n’as pas reconnu le pur génie à l’œuvre?» au «Mais, tu ne t’es pas rendu compte du navet que c’est?». Pas très constructif donc.

The Neon Demon de Nicolas Winding Refn, raconte l’histoire de Jesse, jeune et jolie fille qui vient à Los Angeles pour faire carrière dans le mannequinat. Sa route est jalonnée de rencontres, plus ou moins bienveillantes (plutôt moins en fait). Ce parcours initiatique est, pour le réalisateur, l’occasion d’aborder un sujet qui habite toute son œuvre, au moins d’un point de vue formel: la beauté. Les échanges entre les personnages à ce sujet sont l’occasion pour lui de défendre son point de vue (pas très original) de façon plus ou moins habile. Et pour lui, la beauté est tout et se suffit à elle-même.

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C’est un peu ce qui m’a gênée dans le film. Cette fois ci, encore plus que d’habitude, NWR (on n’est pas intime lui et moi mais à chaque fois que j’écris son nom, j’ai peur de l’écorcher) privilégie la forme au fond. L’histoire est du coup assez plate et manque d’enjeux. Ce choix de la forme se révèle encore plus décevant quand le film bascule dans la série Z. Nécrophilie, bastons entre filles, cannibalisme: après les séances photos glamour, on vire dans le gore. Mais ce que j’aime moi dans le gore, c’est le sang qui gicle n’importe comment, les membres qui sautent et les têtes déformées. Ce qui n’est apparemment pas le truc de NWR qui s’évertue à filmer ces scènes avec son esthétisme habituel voir à ne pas les filmer du tout. Si on a le droit à une scène de nécrophilie hyper léchée (désolée pour le jeu de mots), le cannibalisme est passé sous silence. Sans doute pas assez glam pour le film. J’aurais aimé voir ce que le traitement de l’image à la NWR pouvait donner dans le registre gore et, tout simplement, m’amuser un peu avec des scènes de série Z.

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Cette déception n’était en fait pas la première. J’ai cru au début que The Neon Demon allait proposer des personnages féminins forts. C’était bien parti. Le premier quart d’heure, il passe le Beschdel test. Après, ça se gâte. Déjà pour la solidarité féminine on repassera. Et puis, le traitement des personnages (masculins et féminins) est très superficiel. La dualité de Jesse, femme enfant naïve qui s’avère être en fait une ambitieuse redoutable , «dangereuse» disait sa mère est seulement évoqué, en trois répliques tout au plus. Pareil pour Ruby qui passe de la grande sœur bienveillante à la prédatrice sexuelle, motivée par le désir la où ses copines sont motivés par la jalousie. Les personnages sont plutôt monolithiques et pas très nuancés. Ce qui n’aide pas l’empathie et ne stimule pas vraiment le suspense.

A cela s’ajoute la réflexion un peu lourdingue sur la beauté. J’avoue que j’ai un peu de mal quand les réalisateurs justifient leur film, ses défauts et essayent de faire passer leur message de façon directe par les personnages. Ça me donne l’impression qu’on me prend pour une idiote qui pourrait ne pas avoir compris. Ou que le réalisateur ne s’est pas donné la peine de la subtilité.

J’étais hyper impatiente de voir le film mais, de déception en déceptions, j’ai attendu la fin avec impatience, en me tortillant sur mon siège tellement je m’ennuyais. C’est dommage car il y avait des choses plutôt prometteuses, comme des moments à la limite du fantastique, une héroïne pas si naïve ou bien Keanu Reeves dans un excellent second rôle.

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Je continuerais quand même à donner leur chance aux films hués à Cannes, pour être sûr de ne pas rater un chef d’œuvre. N’oublions pas que c’est le festival qui avait conspué Pulp Fiction!

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Nos Souvenirs, le survival des suicidaires

A l’époque où il tournait la Défense Lincoln, Matthew McConaughey avait, il me semble, déclaré ne plus vouloir tourner de films au nord du Mississippi. Installé avec femme et enfants à Austin, au Texas, il ne souhaitait plus s’aventurer trop loin de chez lui. Il s’est plutôt bien tenu à ce principe et on peut dire que cela lui a plutôt réussi. Sa carrière est passée de la comédie romantique plus ou moins heureuse aux films indépendants exigeants. Ce qui lui a sans doute permis d’avoir un Oscar.

Quand j’ai vu qu’il s’aventurait très loin de chez lui, au Japon, pour un film, j’étais plus que curieuse de voir ça. Je me suis donc enfermée, par un beau jour férié ensoleillé dans une salle de cinéma pour découvrir Nos Souvenirs, de Gus Van Sant et ce qui avait poussé Matthex McConaughey à déroger à sa règle.

Dans Nos Souvenirs, Matthew McConaughey incarne Arthur, un Américian qui se rend au Japon, dans la forêt d’Aokigahara, pour se suicider. Alors qu’il voit sa vie défiler devant ses yeux, il rencontre Takumi Nakamura, venu aussi pour mettre fin à ses jours mais qui a changé d’avis et veut rentrer chez lui. Arthur entreprend d’aider Takumi à sortir de la forêt.

Gus Van Sant a toujours été pour moi un réalisateur caméléon, capable de maîtriser aussi bien le mélo hollywoodien (Will Hunting) que la satire sociale (Prête à tout) et le teen-movie indé (Paranoid Park) sans oublier le film presque expérimental (Gerry). Et même si je ne suis pas sensible à tout, je crois qu’il y a assez peu de ratés.

Premier constat et, pour moi, première déception, Nos Souvenirs s’inscrit dans cette veine des films de survie. On a eu le survival dans l’espace, le survival dans la neige, le survival dans le désert et là, on a le survival dans la forêt. Certes, celui-ci est moins formel que d’autres mais on assiste quand même à des scènes où les acteurs malmenés cherchent de l’eau/un abri/ des vêtements/ une issue. Je dois dire que je ne suis pas fan de ce genre à la base et que je commence vraiment à être lassée de le voir s’immiscer dans de nombreux films. Je me demande ce que les historiens du cinéma penseront à l’avenir de cette vague de films de survie. On risque de passer pour une bande de paranos narcissiques obsédée par la fin du monde et la survie de son espèce…

Dans Nos Souvenirs, l’originalité vient du fait que les personnes qui cherchent à survivre sont celles qui, au début, voulaient mourir. Malheureusement, cette particularité fait perdre tout enjeu à leur quête. Je n’ai pas été vraiment prise par cet aspect du film et ai été beaucoup plus séduite par l’autre intrigue, celle des souvenirs d’Arthur et sa femme (Naomi Watts).

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Car la véritable histoire du film est bien là: celle d’Arthur et de sa femme, couple marié qui connaît des hauts et des bas et dont on comprend qu’elle est la raison qui mène Arthur au Japon pour mourir. Gus Van Sant nous offre ici des scènes réalistes, originales et touchantes plutôt réussies. Elles permettent de créer de l’empathie autour du personnage d’Arthur et de l’intérêt pour ses motivations.

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Vous l’avez compris, je sors de ce film plus que mitigée. Si la réalisation est très belle et les acteurs bons, le film en lui même n’a rien d’exceptionnel. La fin m’est apparue beaucoup trop explicative et lourde. Elle invalide presque toutes les séquences réussies du film en laissant une impression de pesanteur et de «je t’explique tout au cas où tu n’aurais rien compris à mon génial twist de réalisateur à la fin». Désagréable mais pas non plus de quoi huer le film lors de sa projection à Cannes l’année dernière.

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Quant à Matthew McConaughey, à part la perspective de tourner avec Gus Van Sant et de visiter le Japon, je ne vois pas ce qui a pu le pousser à s’aventurer si loin de chez lui. Et puis j’ai regardé une carte. En fait, le Japon n’est pas très au Nord du Mississippi si on regarde attentivement. L’entorse à la règle était donc mineure!