Nos Souvenirs, le survival des suicidaires

A l’époque où il tournait la Défense Lincoln, Matthew McConaughey avait, il me semble, déclaré ne plus vouloir tourner de films au nord du Mississippi. Installé avec femme et enfants à Austin, au Texas, il ne souhaitait plus s’aventurer trop loin de chez lui. Il s’est plutôt bien tenu à ce principe et on peut dire que cela lui a plutôt réussi. Sa carrière est passée de la comédie romantique plus ou moins heureuse aux films indépendants exigeants. Ce qui lui a sans doute permis d’avoir un Oscar.

Quand j’ai vu qu’il s’aventurait très loin de chez lui, au Japon, pour un film, j’étais plus que curieuse de voir ça. Je me suis donc enfermée, par un beau jour férié ensoleillé dans une salle de cinéma pour découvrir Nos Souvenirs, de Gus Van Sant et ce qui avait poussé Matthex McConaughey à déroger à sa règle.

Dans Nos Souvenirs, Matthew McConaughey incarne Arthur, un Américian qui se rend au Japon, dans la forêt d’Aokigahara, pour se suicider. Alors qu’il voit sa vie défiler devant ses yeux, il rencontre Takumi Nakamura, venu aussi pour mettre fin à ses jours mais qui a changé d’avis et veut rentrer chez lui. Arthur entreprend d’aider Takumi à sortir de la forêt.

Gus Van Sant a toujours été pour moi un réalisateur caméléon, capable de maîtriser aussi bien le mélo hollywoodien (Will Hunting) que la satire sociale (Prête à tout) et le teen-movie indé (Paranoid Park) sans oublier le film presque expérimental (Gerry). Et même si je ne suis pas sensible à tout, je crois qu’il y a assez peu de ratés.

Premier constat et, pour moi, première déception, Nos Souvenirs s’inscrit dans cette veine des films de survie. On a eu le survival dans l’espace, le survival dans la neige, le survival dans le désert et là, on a le survival dans la forêt. Certes, celui-ci est moins formel que d’autres mais on assiste quand même à des scènes où les acteurs malmenés cherchent de l’eau/un abri/ des vêtements/ une issue. Je dois dire que je ne suis pas fan de ce genre à la base et que je commence vraiment à être lassée de le voir s’immiscer dans de nombreux films. Je me demande ce que les historiens du cinéma penseront à l’avenir de cette vague de films de survie. On risque de passer pour une bande de paranos narcissiques obsédée par la fin du monde et la survie de son espèce…

Dans Nos Souvenirs, l’originalité vient du fait que les personnes qui cherchent à survivre sont celles qui, au début, voulaient mourir. Malheureusement, cette particularité fait perdre tout enjeu à leur quête. Je n’ai pas été vraiment prise par cet aspect du film et ai été beaucoup plus séduite par l’autre intrigue, celle des souvenirs d’Arthur et sa femme (Naomi Watts).

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Car la véritable histoire du film est bien là: celle d’Arthur et de sa femme, couple marié qui connaît des hauts et des bas et dont on comprend qu’elle est la raison qui mène Arthur au Japon pour mourir. Gus Van Sant nous offre ici des scènes réalistes, originales et touchantes plutôt réussies. Elles permettent de créer de l’empathie autour du personnage d’Arthur et de l’intérêt pour ses motivations.

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Vous l’avez compris, je sors de ce film plus que mitigée. Si la réalisation est très belle et les acteurs bons, le film en lui même n’a rien d’exceptionnel. La fin m’est apparue beaucoup trop explicative et lourde. Elle invalide presque toutes les séquences réussies du film en laissant une impression de pesanteur et de «je t’explique tout au cas où tu n’aurais rien compris à mon génial twist de réalisateur à la fin». Désagréable mais pas non plus de quoi huer le film lors de sa projection à Cannes l’année dernière.

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Quant à Matthew McConaughey, à part la perspective de tourner avec Gus Van Sant et de visiter le Japon, je ne vois pas ce qui a pu le pousser à s’aventurer si loin de chez lui. Et puis j’ai regardé une carte. En fait, le Japon n’est pas très au Nord du Mississippi si on regarde attentivement. L’entorse à la règle était donc mineure!