Dans Mario de Marcel GISLER, Olive aime Tom.

Lundi soir, un ami m’a proposé de l’accompagner voir le film Mario de Marcel GISLER en avant première. Lui n’avait pas envie d’y aller parce que, d’après lui, dans les films d’amour gay, soit tout le monde est heureux et c’est chiant, soit tout le monde meurt et c’est triste. Comme je n’avais rien à faire, que c’était gratuit et qu’il faisait chaud, j’ai dit d’accord. Au pire, il y aurait la clim. (En vrai j’ai dit oui parce que j’aime bien voir des films et qu’il y aurait ensuite un échange avec le réalisateur et que j’étais curieuse.)

Donc Mario, c’est un peu un cross-over entre Roméo et Juliette et Olive et Tom. Sauf qu’Olive s’appelle Mario et que Tom c’est Leon, nouvelle recrue et potentiel rival arrivé cette saison dans l’équipe. Et qu’ils sont tous les deux attaquants dans un club de foot Suisse, catégorie moins de 21 ans, espérant passer pro la saison suivante. A force d’être toujours ensemble dans leurs corps toujours en forme et super entraînés, ils tombent amoureux.

Dis comme ça, le film aurait pu être aussi chiant que mon ami l’avait prédit et cette sortie n’aurait eu d’autre intérêt que de profiter de la clim. Même le réalisateur était sceptique au départ quand on lui a proposé le projet. Mais il s’est rendu compte que si le sujet paraissait évident (l’homosexualité et le foot), il n’avait que très peu été traité au cinéma et que le contexte suffisait à transformer le pitch en une véritable tragédie grecque. Sans les deux ex-machina et les tirades en vers. A la place, Mario et Leon vont devoir nier leur relation, résister à la rumeur, ne pas céder aux provocations et composer avec leur club et leurs coéquipiers. Dans un dialecte suisse-allemand presque sexy.

La première chose que réussit le film, c’est de créer une belle histoire d’amour entre deux jeunes hommes, sans en faire trop. Il parvient à instaurer du romantisme dans des petits détails (une passe, un port-clef…) et parvient le tour de force de transformer une partie de Playstation en premier rendez-vous. On s’attache très vite à Mario et Leon, on a envie qu’ils soient heureux ensembles, deviennent footballeurs pro et mettent fin à l’homophobie et la norme hétéro dans le monde du foot.

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Si Marcel GISLER s’y connait en histoire d’amour (son premier film était déjà une histoire d’amour entre hommes dans le milieu du punk), il dit ne pas être un grand fan de foot. Pour compenser, il s’est pas mal documenté et a pu travailler avec différents clubs en Allemagne et en Suisse pour réaliser son film. Il a ainsi pu utiliser les noms, maillots et stades des équipes mentionnées dans le film.

La représentation du monde du foot, surtout amateur est l’autre réussite du film. Loin des stades pleins et des tifos gigantesques, Mario et Leon jouent leur avenir le dimanche matin, dans des stades aux trois quarts vides devant des équipes dont ils ne savent même pas prononcer le nom. Et pourtant, il y a autant de suspense que dans un huitième de finale de coupe du monde face à l’Argentine. Parce que chaque match ou même entrainement permet à la fois de développer la relation entre les deux attaquants mais aussi d’accentuer la pression qu’ils subissent. Un coéquipier qui qualifie une frappe de «frappe de pédé» et on se demande si toute l’équipe est au courant, un carton rouge et on se demande si tout est bel est bien fini pour le héros.

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Si on était dans Olive et Tom, le talent et les frappes improbables des joueurs auraient tellement impressionné tout le monde qu’on les aurait laissés être amoureux. Peut-être même qu’on les aurait portés en triomphe parce qu’on était content pour eux. Mais dans Mario, la réalité prend le dessus. Et si les spectateurs (et le réalisateur) auraient aimé un happy end, Marcel GISLER est resté fidèle à son créneau réaliste jusqu’à la fin. De la même façon que le film est romantique sans être mièvre, réaliste sans pathos, il s’attache à décrire un problème de société sans complaisance ni angélisme Pas de méchant désigné ni de violence flagrante. Juste la réalité aujourd’hui du monde du foot. Aucun club ni footballeur n’affichera un comportement clairement homophobe. Mais pas un joueur de haut niveau ne s’affichera en vacances avec son mari en une de Closer.

Au final, le film n’était ni chiant ni désespérant. Il était surtout extrêmement touchant. De part la justesse des acteurs et du scénario sans doute. Et puis car même si on n’est ni gay ni footballeur, on ne peut que se retrouver dans Mario et Leon confrontés à un choix cornélien entre leur rêve de petit garçon et leur bonheur d’adulte. Ils nous rappellent cruellement que dans la vie, on ne peut pas toujours avoir ce que l’on veut même si on a travaillé dur pour ça. Une soirée émouvante mais pas très fun au final. 

Avec mon ami,  on s’est consolé en se disant qu’on pourrait toujours aller voir des footeux amoureux pendant les Gay Games de Paris. Et des cheerleaders. Et de la natation synchronisée masculine aussi.


 

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Le Château, aventures gothiques

La Wednesday Adams en moi avait flashé sur la couverture du livre. Et en plus d’avoir un nom qui fait penser à Edward Gorey, Edward Carey, l’auteur a quitté le Royaume-Uni pour vivre à Austin, Texas. Et ça à mes yeux c’est un gage de qualité. Mais j’avais ce jour là bien trop de livres à lire pour succomber à la tentation.

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Et comme j’avais bien avancé dans mes lectures et que j’avais été vraiment très sage, le père Noël l’a déposé dans mon petit soulier (une paire de converses léopard pour être précise). Je me suis lancée dès que j’ai pu dans la lecture de ce roman loufoque aux accents gothiques et victoriens.

L’histoire est assez étrange et vraiment bizarre à résumer. Les Ferrayor sont une vieille famille qui se veut aristocratique dans le Londres de 1870. Ils vivent dans leur château, au milieu d’une immense décharge, qui est un peu leur fortune. Ils ont des traditions étranges (la possession d’un objet de naissance qu’il faut soigner et chérir toute sa vie notamment), des noms qui n’en sont pas, des mariages arrangés entre cousins et des domestiques.

Clod, 16 ans, le héros a la faculté d’entendre le nom des objets (qui eux, ont des vrais noms). Il se lie d’amitié avec une domestique de son âge (Lucy), fraîchement arrivée dans la maison.

Le roman raconte à la fois l’histoire des Ferrayor, la quête de liberté de Lucy et le passage à l’âge à l’adulte de Clod.

L’histoire, assez simple dans sa structure est bien construite. Elle est racontée principalement par Clod et Lucy mais aussi par d’autres personnages secondaires. Les changements de tons et de point de vue contribuent à créer le suspense et relancent la lecture, d’un chapitre sur l’autre.

L’autre atout de ce roman, c’est l’univers créé par Edward Carey. L’éditeur nous promettait quelque chose digne de Tim Burton. J’étais sceptique au début mais la promesse est tenue. Le monde créé par l’auteur permet des rebondissements vraiment inattendus et cohérents.

Enfin, le livre est sublimement illustré par l’auteur lui même à travers les portraits des personnages et le plan de la maison. Cela permet de se projeter encore plus dans le roman.

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Vous l’avez compris, j’ai adoré ce livre. On ne sent pas passer les 450 pages tant on est pris par la découverte du monde des Ferrayor et par l’histoire. Et puis, un peu à la manière d’une fable, le livre nous amène à nous questionner sur notre propre rapport aux objets et aux autres, notamment à la famille.

Comme souvent, après avoir lu un bon roman, on est un peu déçu de le finir. La bonne nouvelle c’est qu’il me reste deux tomes à découvrir.

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Et en bonus, encore du dessin: