Elvis & Nixon: Aloha from DC

Vous savez ce voisin dans la chanson de NTM qui «en bon fan d’Elvis passe son week-end à foutre à fond des live de Memphis»? Et bien c’est un peu moi. Depuis ma prime jeunesse, je suis fan d’Elvis Presley. J’ai appris à jouer certains de ses morceaux au violon, j’ai tanné mon père pour qu’il achète les disques, je connais par cœur ses mimiques dans Aloha from Hawaii et j’ai harcelé mon mec pour qu’on aille visiter Graceland (au final, il a bien aimé).

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Donc quand il y a «Elvis» dans le titre d’un film, j’y vais. Et quand Elvis est joué par Michael Shannon, j’y vais en toute confiance.

Je suis donc allé voir Elvis & Nixon à la fois ravie et curieuse. Le film raconte la rencontre entre Elvis Presley et Richard Nixon, à la demande du King, à la Maison Blanche le 21 décembre 1970. Presley avait sollicité cette entrevue afin de faire part au Président de son envie de s’engager pour son pays en luttant contre la drogue. Il souhaitait devenir un agent fédéral «non officiel».

L’intrigue du film est plutôt mince: on sait qu’Elvis va rencontrer Nixon et qu’il n’aura pas un rôle majeur dans la lutte contre la drogue. Même si quelques personnages et intrigues secondaires (à noter Jonny Knoxville en acolyte d’Elvis) viennent nourrir les 1h30 de film, il faut bien se dire que ce n’est pas pour l’histoire qu’il faut se déplacer. Le réalisateur essaye bien d’instaurer quelques ressorts comiques, qui reposent essentiellement sur l’absurdité de la demande d’Elvis Presley mais la blague est assez vite usée jusqu’à la corde. De même, le paradoxe entre Elvis qui se revendique comme un adulte tout en apparaissant comme un enfant qui veut devenir agent secret est bien trop appuyé et lasse rapidement.

Le film tient avant tout grâce aux deux acteurs principaux. Le parti pris des acteurs et du réalisateur est de ne pas d’être dans l’imitation ou le concours de sosie mais plutôt dans l’évocation. Michael Shannon ne ressemble pas du tout à Elvis mais lui emprunte ses objets fétiches (lunettes, bijoux) et quelques attitudes qui suffisent à poser le personnage. Il s’en sort ainsi honorablement, sans être dans la caricature et en pouvant jouer Elvis qui va voir Nixon plutôt qu’en imitant le King. Nixon lui est joué par Kevin Spacey (qui a l’air de se spécialiser dans les rôles de Président des États-Unis. J’ai hâte de le voir en Trump ou en Hillary Clinton). Il adopte la même technique (costard, dos voûté) mais comme je suis moins familière de Nixon, je ne suis pas pu autant projeter le personnage. Lui aussi s’en sort en évitant d’être ridicule, ce qui n’est déjà pas si mal.

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Le vrai point fort d’Elvis & Nixon est de montrer le pouvoir d’attraction et de séduction qu’Elvis Presley exerçait, sans toujours le vouloir sur les gens. Il y a bien sur tous les fans, tous ceux qui sont fascinés mais aussi ceux qui, sceptiques ou hostiles y vont de leur petit commentaire et qui finissent par reconnaître son charme et sa gentillesse. Le film s’emploie à montrer un Elvis, à la fois superstar un peu déconnecté mais aussi très humain. L’hypothèse du film est que, dans ce monde où il peut presque tout obtenir, son alter-ego devient alors le Président des États-Unis. Cela donne naissance à quelques scènes en miroir plutôt réussies et un monologue sur les fragilités d’Elvis plutôt artificiel.

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En ressortant du film, j’étais plutôt de bonne humeur. La bande son est assez bonne, les acteurs agréables et quelques scènes sont vraiment bien senties. J’ai passé un bon moment. Je pense que j’en aurais passé un tout aussi bon avec un disque ou une bio. Ou à l’expo des archives nationales.

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The Neon Demon, de la A list à la série Z

Cela fait plus d’une semaine que j’ai vu The Neon Demon et je ne sais toujours pas quoi en penser. Quand j’en parle autour de moi, les réponses sont toujours très tranchées, du «Quoi, mais tu n’as pas reconnu le pur génie à l’œuvre?» au «Mais, tu ne t’es pas rendu compte du navet que c’est?». Pas très constructif donc.

The Neon Demon de Nicolas Winding Refn, raconte l’histoire de Jesse, jeune et jolie fille qui vient à Los Angeles pour faire carrière dans le mannequinat. Sa route est jalonnée de rencontres, plus ou moins bienveillantes (plutôt moins en fait). Ce parcours initiatique est, pour le réalisateur, l’occasion d’aborder un sujet qui habite toute son œuvre, au moins d’un point de vue formel: la beauté. Les échanges entre les personnages à ce sujet sont l’occasion pour lui de défendre son point de vue (pas très original) de façon plus ou moins habile. Et pour lui, la beauté est tout et se suffit à elle-même.

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C’est un peu ce qui m’a gênée dans le film. Cette fois ci, encore plus que d’habitude, NWR (on n’est pas intime lui et moi mais à chaque fois que j’écris son nom, j’ai peur de l’écorcher) privilégie la forme au fond. L’histoire est du coup assez plate et manque d’enjeux. Ce choix de la forme se révèle encore plus décevant quand le film bascule dans la série Z. Nécrophilie, bastons entre filles, cannibalisme: après les séances photos glamour, on vire dans le gore. Mais ce que j’aime moi dans le gore, c’est le sang qui gicle n’importe comment, les membres qui sautent et les têtes déformées. Ce qui n’est apparemment pas le truc de NWR qui s’évertue à filmer ces scènes avec son esthétisme habituel voir à ne pas les filmer du tout. Si on a le droit à une scène de nécrophilie hyper léchée (désolée pour le jeu de mots), le cannibalisme est passé sous silence. Sans doute pas assez glam pour le film. J’aurais aimé voir ce que le traitement de l’image à la NWR pouvait donner dans le registre gore et, tout simplement, m’amuser un peu avec des scènes de série Z.

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Cette déception n’était en fait pas la première. J’ai cru au début que The Neon Demon allait proposer des personnages féminins forts. C’était bien parti. Le premier quart d’heure, il passe le Beschdel test. Après, ça se gâte. Déjà pour la solidarité féminine on repassera. Et puis, le traitement des personnages (masculins et féminins) est très superficiel. La dualité de Jesse, femme enfant naïve qui s’avère être en fait une ambitieuse redoutable , «dangereuse» disait sa mère est seulement évoqué, en trois répliques tout au plus. Pareil pour Ruby qui passe de la grande sœur bienveillante à la prédatrice sexuelle, motivée par le désir la où ses copines sont motivés par la jalousie. Les personnages sont plutôt monolithiques et pas très nuancés. Ce qui n’aide pas l’empathie et ne stimule pas vraiment le suspense.

A cela s’ajoute la réflexion un peu lourdingue sur la beauté. J’avoue que j’ai un peu de mal quand les réalisateurs justifient leur film, ses défauts et essayent de faire passer leur message de façon directe par les personnages. Ça me donne l’impression qu’on me prend pour une idiote qui pourrait ne pas avoir compris. Ou que le réalisateur ne s’est pas donné la peine de la subtilité.

J’étais hyper impatiente de voir le film mais, de déception en déceptions, j’ai attendu la fin avec impatience, en me tortillant sur mon siège tellement je m’ennuyais. C’est dommage car il y avait des choses plutôt prometteuses, comme des moments à la limite du fantastique, une héroïne pas si naïve ou bien Keanu Reeves dans un excellent second rôle.

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Je continuerais quand même à donner leur chance aux films hués à Cannes, pour être sûr de ne pas rater un chef d’œuvre. N’oublions pas que c’est le festival qui avait conspué Pulp Fiction!

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Nos Souvenirs, le survival des suicidaires

A l’époque où il tournait la Défense Lincoln, Matthew McConaughey avait, il me semble, déclaré ne plus vouloir tourner de films au nord du Mississippi. Installé avec femme et enfants à Austin, au Texas, il ne souhaitait plus s’aventurer trop loin de chez lui. Il s’est plutôt bien tenu à ce principe et on peut dire que cela lui a plutôt réussi. Sa carrière est passée de la comédie romantique plus ou moins heureuse aux films indépendants exigeants. Ce qui lui a sans doute permis d’avoir un Oscar.

Quand j’ai vu qu’il s’aventurait très loin de chez lui, au Japon, pour un film, j’étais plus que curieuse de voir ça. Je me suis donc enfermée, par un beau jour férié ensoleillé dans une salle de cinéma pour découvrir Nos Souvenirs, de Gus Van Sant et ce qui avait poussé Matthex McConaughey à déroger à sa règle.

Dans Nos Souvenirs, Matthew McConaughey incarne Arthur, un Américian qui se rend au Japon, dans la forêt d’Aokigahara, pour se suicider. Alors qu’il voit sa vie défiler devant ses yeux, il rencontre Takumi Nakamura, venu aussi pour mettre fin à ses jours mais qui a changé d’avis et veut rentrer chez lui. Arthur entreprend d’aider Takumi à sortir de la forêt.

Gus Van Sant a toujours été pour moi un réalisateur caméléon, capable de maîtriser aussi bien le mélo hollywoodien (Will Hunting) que la satire sociale (Prête à tout) et le teen-movie indé (Paranoid Park) sans oublier le film presque expérimental (Gerry). Et même si je ne suis pas sensible à tout, je crois qu’il y a assez peu de ratés.

Premier constat et, pour moi, première déception, Nos Souvenirs s’inscrit dans cette veine des films de survie. On a eu le survival dans l’espace, le survival dans la neige, le survival dans le désert et là, on a le survival dans la forêt. Certes, celui-ci est moins formel que d’autres mais on assiste quand même à des scènes où les acteurs malmenés cherchent de l’eau/un abri/ des vêtements/ une issue. Je dois dire que je ne suis pas fan de ce genre à la base et que je commence vraiment à être lassée de le voir s’immiscer dans de nombreux films. Je me demande ce que les historiens du cinéma penseront à l’avenir de cette vague de films de survie. On risque de passer pour une bande de paranos narcissiques obsédée par la fin du monde et la survie de son espèce…

Dans Nos Souvenirs, l’originalité vient du fait que les personnes qui cherchent à survivre sont celles qui, au début, voulaient mourir. Malheureusement, cette particularité fait perdre tout enjeu à leur quête. Je n’ai pas été vraiment prise par cet aspect du film et ai été beaucoup plus séduite par l’autre intrigue, celle des souvenirs d’Arthur et sa femme (Naomi Watts).

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Car la véritable histoire du film est bien là: celle d’Arthur et de sa femme, couple marié qui connaît des hauts et des bas et dont on comprend qu’elle est la raison qui mène Arthur au Japon pour mourir. Gus Van Sant nous offre ici des scènes réalistes, originales et touchantes plutôt réussies. Elles permettent de créer de l’empathie autour du personnage d’Arthur et de l’intérêt pour ses motivations.

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Vous l’avez compris, je sors de ce film plus que mitigée. Si la réalisation est très belle et les acteurs bons, le film en lui même n’a rien d’exceptionnel. La fin m’est apparue beaucoup trop explicative et lourde. Elle invalide presque toutes les séquences réussies du film en laissant une impression de pesanteur et de «je t’explique tout au cas où tu n’aurais rien compris à mon génial twist de réalisateur à la fin». Désagréable mais pas non plus de quoi huer le film lors de sa projection à Cannes l’année dernière.

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Quant à Matthew McConaughey, à part la perspective de tourner avec Gus Van Sant et de visiter le Japon, je ne vois pas ce qui a pu le pousser à s’aventurer si loin de chez lui. Et puis j’ai regardé une carte. En fait, le Japon n’est pas très au Nord du Mississippi si on regarde attentivement. L’entorse à la règle était donc mineure!

The revenant, moi aussi j’ai survécu

Je ne pouvais décemment pas manquer le film pour lequel Leonardo Di Caprio, l’icône de mon adolescence avait eu un Oscar. Après avoir suivi assidûment sa carrière jusqu’en 2010 et Inception, j’avais un peu décroché, même si j’avais quand même apprécié Gatsby et, bien sûr, Django.

Et puis Inaritu a fait des films que j’ai plutôt bien aimés, à part Birdman, mais ça c’est une autre histoire.

C’est donc vaillamment que je me suis rendue au ciné, prête pour les 2 heures 36 de The Revenant.

Je n’irais pas jusqu’à dire que j’aurais mieux fait de faire autre chose mais presque.

Le film commence plutôt bien: un décor de western glacial, des trappeurs et des Indiens qui luttent pour leur survie, leur territoire, leur histoire, leur civilisation… Bref, j’avais l’impression d’être au bon endroit.

Et puis, passé ces premières séquences, c’est l’ennui qui s’installe. Le film devient très répétitif, on a l’impression d’assister à une déclinaison cinématographique pompeuse et grandiloquente du matou revient le jour suivant. La nature, les Indiens, les éléments, les autres trappeurs, tout est ligué contre Hugh Glass et on se demande ce qui va encore lui tomber dessus. Et moi je me demande si je ne suis complètement maso pour être venue voir une de mes idoles se faire massacrer de 1001 façon différentes. A la fin du film, entre l’âge et les séquelles, j’avais du mal à le reconnaître.

L’autre point noir du film, c’est qu’Inaritu n’assume pas le côté grosse production à Oscars du film. On a l’impression qu’il veut quand même lui donner une caution film d’auteur. Alors il intègre des flash-back poétiques assez clichés et incongrus. Qui rallongent encore un peu le film.

Au bout de 2h30, alors que la fin (du film) est proche, on se dit qu’elle va être grandiose. Parce qu’il faut récompenser ce pauvre Leo qui a pris cher, et le spectateur qui, comme moi se demande un peu quel est le sens de tout ça. Alors sans spoiler personne, on peut le dire, la fin est bien plus décevante que le début, et pire que le milieu, tant sur le fond que sur la forme. La morale est plutôt convenue et très politiquement correcte (la vengeance c’est mal), ce qui invalide la motivation du héros pendant tout le film. Plutôt qu’un retournement, ce message sonne comme une trahison à l’intégrité du personnage. Quant à la réalisation, après cette débauche de coups, de bêtes sauvages et de catastrophes naturelles en tout genre, on aurait aimé plus. Mais au moins, on en a fini avec ce film et Leo a eu son Oscar. Tout le monde est content.

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Je suis sans doute un peu dure et le film a quand même des qualités (paysages magnifiques, plans superbes et distribution réussie). Mais je trouve un peu dommage que la collaboration entre le réalisateur de 21 grammes et de Babel avec l’acteur de Gilbert Grape et Shutter Island donne naissance à 2h30 de grognements et d’épreuves dignes d’un Koh Lanta dans la neige pensé par le pervers de Saw.

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