Lonesome Dove 2, la revanche des sentiments.

20160703_171927.jpg

Lonesome Dove épisode 2 est la suite de Lonesome Dove épisode 1, comme vous auriez pu vous en douter. Et pour lire le 2, il faut avoir lu le 1 (et en règle général, dans la vie, tout le monde devrait lire le tome 1 car c’est un super livre.). Dans ce tome, Gus, le Capitaine et leur fine équipe poursuivent leur voyage depuis le Texas vers le Montana. Le périple comprend une étape chez Clara, le grand amour de Gus, pour l’aspect romantique, des révélations sur la paternité, pour l’aspect Shakespearien, de la justice rendue façon far-west, pour l’aspect dramatique et aussi pas mal de rencontres avec des bandits et des Indiens.

Si le premier tome avait été très descriptif et contemplatif, le second est riche en rebondissements. Ceux-ci sont cette fois-ci plus variés puisque, en plus des péripéties liées à la difficulté de transporter du bétail du Nord au Sud des États-Unis, l’équipe de Hat Creek va devoir faire face à ses sentiments et ça, ça ne peut pas se résoudre en un coup de lasso ou de revolver. Un des talents de Larry Mcmurtry est de confronter ses personnages à des événements inattendus mais réalistes. On n’a jamais l’impression que les scènes sont absurdes ou que le sort s’acharne sur tel ou tel membre de l’équipe. J’ai pris énormément de plaisir à voir l’histoire évoluer. Moi qui d’habitude anticipe les obstacles que les personnages vont rencontrer, j’ai été très surprise par le déroulement des événements dans ce roman. Je crois que j’ai fini presque chaque chapitre le souffle coupé en me disant «Mais c’est pas possible! Comment vont-ils s’en sortir!» (Attention spoiler, la plupart du temps, ils ne s’en sortent pas.)

gif alice.gif

L’autre talent de Larry Mcmurtry est d’avoir créé des personnages très bien caractérisés avec une logique d’action affirmée. Ainsi, quand un personnage comme le Capitaine dont le moteur d’action principal est l’honneur doit choisir entre une vieille amitié et l’honneur, on comprend son choix, même s’il nous brise le cœur. Vous l’aurez peut-être compris, ce tome 2 est assez triste. L’auteur passe tout le tome 1 à nous dépeindre des personnages très attachants pour ensuite pulvériser leurs illusions ou bien les détruire. Mon cœur a été brisé à de nombreuses reprises pendant ces 620 pages mais je ne regrette pas ma lecture. On est en pleine conquête de l’Ouest, période violente durant laquelle la vie n’avait pas le même prix qu’aujourd’hui (par exemple, on punissait de pendaison les voleurs de chevaux). C’est un bon moyen de se rappeler à quel point la création des États-Unis a été violente et récente. Cela permet, peut-être, d’apporter un éclairage sur les différences culturelles entre l’Europe et ce pays et de mieux comprendre certains phénomènes qui, de chez nous, semblent absurdes.

lonesomedovecrew

C’est donc le cœur serré que j’ai refermé Lonesome Dove. D’abord à cause de l’histoire mais aussi car je ne retrouverais plus tous ces personnages que j’ai appris à aimer pendant 1200 pages. Fini les descriptions des cours d’eau entre le Texas et le Montana, fini les discussions entre cow-boys sur les choses de l’amour et les putains, fini les recettes de sauterelles à la mélasse de Po Campo. Je n’aimerait pas être le livre que je vais lire après, car il risque de souffrir de la comparaison. Si d’ailleurs vous avez des suggestions de lecture je suis plus que preneuse.

En attendant de trouver le prochain livre qui fera battre mon cœur, je vais me consoler avec la mini-série.

 

Publicités

Lonesome Dove, western contemplatif

20160505_115327 (1161 x 2064)

Alors que je me lamentais d’avoir fini Le Fils, des amis bien attentionnés m’ont recommandé Lonesome Dove de Larry McMurtry (connu pour être le co-scénariste du Secret de Brokeback Moutain). Je les en remercie. Lonesome Dove est un roman en deux tomes, de plus de 500 pages chacun qui raconte l’épopée de Gus et du Capitaine, deux anciens Texas Rangers qui décident en 1880, avec une poignée de jeunes cow-boys, d’acheminer du bétail du Texas vers le Montana pour y fonder un ranch.

Pour le moment, je n’ai lu que le premier tome et j’ai déjà hâte de commencer le second.

Le premier tome est l’occasion d’une présentation assez longue des différents personnages. Sous la chaleur accablante du Texas, on fait la connaissance de Gus, le bavard un peu alcoolique et fainéant et du Capitaine, véritable bourreau de travail taciturne. Tous les deux vivotent dans leur ranch, louant à l’occasion un cheval ou une carriole et allant piquer au Mexique le bétail qu’ils revendront. Ils ont sous leurs ordres Deets, Newt et Bol, un bandit-cuisinier. Pour compléter le tableau, il faut ajouter qu’il y a à Lonesome Dove un saloon et une putain, Lorena, qui rêve de San Francisco.

Arrive bientôt Jake Spoon, leur ancien acolyte chez les rangers qui leur donne l’idée de partir dans le Montana pour faire fortune. Aux deux tiers du livre, la fine équipe et son troupeau se lance dans un road-trip qui va leur faire traverser l’ensemble du pays, du Sud vers le Nord.

giftroupeau.gif

Si le début du roman est très linéaire, avec le départ du convoi, les intrigues se multiplient, de nouveaux personnages apparaissent, suivant chacun leur route dont on se doute qu’elles finiront toutes par converger au Montana (ou avant). C’est l’occasion de varier les points de vue, de faire durer le suspense et surtout de jouer avec le rythme de la narration.

L’auteur arrive vraiment à adapter son style aux événements rencontrés par les personnages. Le début est très tranquille. On se sent comme Gus, à moitié ivre sous un porche par 100° Fahrenheit. A partir du moment où le voyage débute, on lit au rythme de la chevauchée. On est bercé par le rythme du livre et on a vraiment l’impression de faire partie du voyage.

gus

Disons le clairement, Lonesome Dove ne joue pas sur la surenchère des péripéties. Ce western-ci s’attache principalement à décrire la quotidienneté de la vie de cow-boy ou de putain. La plupart du temps, les personnages et le lecteur sont sur leurs gardes, attendant qu’il se passe quelque chose. Et quand un rebondissement survient, ce n’est jamais celui auquel on s’attendait. Il n’en est alors que plus puissant.

Larry McMurtry préfère se concentrer sur des détails inattendus qui pourraient-être insignifiants ou sur les relations entre les personnages (la relation entre Gus et le Capitaine est une véritable bromance) plutôt que sur des scènes tapageuses et une surenchères de péripéties. Et ça fonctionne. Son sens de l’observation et son talent de narrateur suffisent à captiver le lecteur.

Mais rassurez-vous, Lonesome Dove remplit haut la main le cahier des charges de tout bon western. On y trouve aussi des hors-la-loi, des renégats et des Indiens.

Tous ces éléments font de Lonesome Dove un western atypique. C’est sans doute ce qui lui a valu un prix Pulitzer et une adaptation télévisuelle sous la forme d’une mini-série un peu kitch au casting trois étoiles (pour les années 80).

 

(Je vous ai mis la bande annonce en anglais mais la série a été traduite en français. )

Le Château, aventures gothiques

La Wednesday Adams en moi avait flashé sur la couverture du livre. Et en plus d’avoir un nom qui fait penser à Edward Gorey, Edward Carey, l’auteur a quitté le Royaume-Uni pour vivre à Austin, Texas. Et ça à mes yeux c’est un gage de qualité. Mais j’avais ce jour là bien trop de livres à lire pour succomber à la tentation.

couverture

Et comme j’avais bien avancé dans mes lectures et que j’avais été vraiment très sage, le père Noël l’a déposé dans mon petit soulier (une paire de converses léopard pour être précise). Je me suis lancée dès que j’ai pu dans la lecture de ce roman loufoque aux accents gothiques et victoriens.

L’histoire est assez étrange et vraiment bizarre à résumer. Les Ferrayor sont une vieille famille qui se veut aristocratique dans le Londres de 1870. Ils vivent dans leur château, au milieu d’une immense décharge, qui est un peu leur fortune. Ils ont des traditions étranges (la possession d’un objet de naissance qu’il faut soigner et chérir toute sa vie notamment), des noms qui n’en sont pas, des mariages arrangés entre cousins et des domestiques.

Clod, 16 ans, le héros a la faculté d’entendre le nom des objets (qui eux, ont des vrais noms). Il se lie d’amitié avec une domestique de son âge (Lucy), fraîchement arrivée dans la maison.

Le roman raconte à la fois l’histoire des Ferrayor, la quête de liberté de Lucy et le passage à l’âge à l’adulte de Clod.

L’histoire, assez simple dans sa structure est bien construite. Elle est racontée principalement par Clod et Lucy mais aussi par d’autres personnages secondaires. Les changements de tons et de point de vue contribuent à créer le suspense et relancent la lecture, d’un chapitre sur l’autre.

L’autre atout de ce roman, c’est l’univers créé par Edward Carey. L’éditeur nous promettait quelque chose digne de Tim Burton. J’étais sceptique au début mais la promesse est tenue. Le monde créé par l’auteur permet des rebondissements vraiment inattendus et cohérents.

Enfin, le livre est sublimement illustré par l’auteur lui même à travers les portraits des personnages et le plan de la maison. Cela permet de se projeter encore plus dans le roman.

lucy-penant                                                cousin

heaphouse

Vous l’avez compris, j’ai adoré ce livre. On ne sent pas passer les 450 pages tant on est pris par la découverte du monde des Ferrayor et par l’histoire. Et puis, un peu à la manière d’une fable, le livre nous amène à nous questionner sur notre propre rapport aux objets et aux autres, notamment à la famille.

Comme souvent, après avoir lu un bon roman, on est un peu déçu de le finir. La bonne nouvelle c’est qu’il me reste deux tomes à découvrir.

tome2

Et en bonus, encore du dessin: