Lonesome Dove 2, la revanche des sentiments.

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Lonesome Dove épisode 2 est la suite de Lonesome Dove épisode 1, comme vous auriez pu vous en douter. Et pour lire le 2, il faut avoir lu le 1 (et en règle général, dans la vie, tout le monde devrait lire le tome 1 car c’est un super livre.). Dans ce tome, Gus, le Capitaine et leur fine équipe poursuivent leur voyage depuis le Texas vers le Montana. Le périple comprend une étape chez Clara, le grand amour de Gus, pour l’aspect romantique, des révélations sur la paternité, pour l’aspect Shakespearien, de la justice rendue façon far-west, pour l’aspect dramatique et aussi pas mal de rencontres avec des bandits et des Indiens.

Si le premier tome avait été très descriptif et contemplatif, le second est riche en rebondissements. Ceux-ci sont cette fois-ci plus variés puisque, en plus des péripéties liées à la difficulté de transporter du bétail du Nord au Sud des États-Unis, l’équipe de Hat Creek va devoir faire face à ses sentiments et ça, ça ne peut pas se résoudre en un coup de lasso ou de revolver. Un des talents de Larry Mcmurtry est de confronter ses personnages à des événements inattendus mais réalistes. On n’a jamais l’impression que les scènes sont absurdes ou que le sort s’acharne sur tel ou tel membre de l’équipe. J’ai pris énormément de plaisir à voir l’histoire évoluer. Moi qui d’habitude anticipe les obstacles que les personnages vont rencontrer, j’ai été très surprise par le déroulement des événements dans ce roman. Je crois que j’ai fini presque chaque chapitre le souffle coupé en me disant «Mais c’est pas possible! Comment vont-ils s’en sortir!» (Attention spoiler, la plupart du temps, ils ne s’en sortent pas.)

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L’autre talent de Larry Mcmurtry est d’avoir créé des personnages très bien caractérisés avec une logique d’action affirmée. Ainsi, quand un personnage comme le Capitaine dont le moteur d’action principal est l’honneur doit choisir entre une vieille amitié et l’honneur, on comprend son choix, même s’il nous brise le cœur. Vous l’aurez peut-être compris, ce tome 2 est assez triste. L’auteur passe tout le tome 1 à nous dépeindre des personnages très attachants pour ensuite pulvériser leurs illusions ou bien les détruire. Mon cœur a été brisé à de nombreuses reprises pendant ces 620 pages mais je ne regrette pas ma lecture. On est en pleine conquête de l’Ouest, période violente durant laquelle la vie n’avait pas le même prix qu’aujourd’hui (par exemple, on punissait de pendaison les voleurs de chevaux). C’est un bon moyen de se rappeler à quel point la création des États-Unis a été violente et récente. Cela permet, peut-être, d’apporter un éclairage sur les différences culturelles entre l’Europe et ce pays et de mieux comprendre certains phénomènes qui, de chez nous, semblent absurdes.

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C’est donc le cœur serré que j’ai refermé Lonesome Dove. D’abord à cause de l’histoire mais aussi car je ne retrouverais plus tous ces personnages que j’ai appris à aimer pendant 1200 pages. Fini les descriptions des cours d’eau entre le Texas et le Montana, fini les discussions entre cow-boys sur les choses de l’amour et les putains, fini les recettes de sauterelles à la mélasse de Po Campo. Je n’aimerait pas être le livre que je vais lire après, car il risque de souffrir de la comparaison. Si d’ailleurs vous avez des suggestions de lecture je suis plus que preneuse.

En attendant de trouver le prochain livre qui fera battre mon cœur, je vais me consoler avec la mini-série.

 

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Lonesome Dove, western contemplatif

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Alors que je me lamentais d’avoir fini Le Fils, des amis bien attentionnés m’ont recommandé Lonesome Dove de Larry McMurtry (connu pour être le co-scénariste du Secret de Brokeback Moutain). Je les en remercie. Lonesome Dove est un roman en deux tomes, de plus de 500 pages chacun qui raconte l’épopée de Gus et du Capitaine, deux anciens Texas Rangers qui décident en 1880, avec une poignée de jeunes cow-boys, d’acheminer du bétail du Texas vers le Montana pour y fonder un ranch.

Pour le moment, je n’ai lu que le premier tome et j’ai déjà hâte de commencer le second.

Le premier tome est l’occasion d’une présentation assez longue des différents personnages. Sous la chaleur accablante du Texas, on fait la connaissance de Gus, le bavard un peu alcoolique et fainéant et du Capitaine, véritable bourreau de travail taciturne. Tous les deux vivotent dans leur ranch, louant à l’occasion un cheval ou une carriole et allant piquer au Mexique le bétail qu’ils revendront. Ils ont sous leurs ordres Deets, Newt et Bol, un bandit-cuisinier. Pour compléter le tableau, il faut ajouter qu’il y a à Lonesome Dove un saloon et une putain, Lorena, qui rêve de San Francisco.

Arrive bientôt Jake Spoon, leur ancien acolyte chez les rangers qui leur donne l’idée de partir dans le Montana pour faire fortune. Aux deux tiers du livre, la fine équipe et son troupeau se lance dans un road-trip qui va leur faire traverser l’ensemble du pays, du Sud vers le Nord.

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Si le début du roman est très linéaire, avec le départ du convoi, les intrigues se multiplient, de nouveaux personnages apparaissent, suivant chacun leur route dont on se doute qu’elles finiront toutes par converger au Montana (ou avant). C’est l’occasion de varier les points de vue, de faire durer le suspense et surtout de jouer avec le rythme de la narration.

L’auteur arrive vraiment à adapter son style aux événements rencontrés par les personnages. Le début est très tranquille. On se sent comme Gus, à moitié ivre sous un porche par 100° Fahrenheit. A partir du moment où le voyage débute, on lit au rythme de la chevauchée. On est bercé par le rythme du livre et on a vraiment l’impression de faire partie du voyage.

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Disons le clairement, Lonesome Dove ne joue pas sur la surenchère des péripéties. Ce western-ci s’attache principalement à décrire la quotidienneté de la vie de cow-boy ou de putain. La plupart du temps, les personnages et le lecteur sont sur leurs gardes, attendant qu’il se passe quelque chose. Et quand un rebondissement survient, ce n’est jamais celui auquel on s’attendait. Il n’en est alors que plus puissant.

Larry McMurtry préfère se concentrer sur des détails inattendus qui pourraient-être insignifiants ou sur les relations entre les personnages (la relation entre Gus et le Capitaine est une véritable bromance) plutôt que sur des scènes tapageuses et une surenchères de péripéties. Et ça fonctionne. Son sens de l’observation et son talent de narrateur suffisent à captiver le lecteur.

Mais rassurez-vous, Lonesome Dove remplit haut la main le cahier des charges de tout bon western. On y trouve aussi des hors-la-loi, des renégats et des Indiens.

Tous ces éléments font de Lonesome Dove un western atypique. C’est sans doute ce qui lui a valu un prix Pulitzer et une adaptation télévisuelle sous la forme d’une mini-série un peu kitch au casting trois étoiles (pour les années 80).

 

(Je vous ai mis la bande annonce en anglais mais la série a été traduite en français. )

The revenant, moi aussi j’ai survécu

Je ne pouvais décemment pas manquer le film pour lequel Leonardo Di Caprio, l’icône de mon adolescence avait eu un Oscar. Après avoir suivi assidûment sa carrière jusqu’en 2010 et Inception, j’avais un peu décroché, même si j’avais quand même apprécié Gatsby et, bien sûr, Django.

Et puis Inaritu a fait des films que j’ai plutôt bien aimés, à part Birdman, mais ça c’est une autre histoire.

C’est donc vaillamment que je me suis rendue au ciné, prête pour les 2 heures 36 de The Revenant.

Je n’irais pas jusqu’à dire que j’aurais mieux fait de faire autre chose mais presque.

Le film commence plutôt bien: un décor de western glacial, des trappeurs et des Indiens qui luttent pour leur survie, leur territoire, leur histoire, leur civilisation… Bref, j’avais l’impression d’être au bon endroit.

Et puis, passé ces premières séquences, c’est l’ennui qui s’installe. Le film devient très répétitif, on a l’impression d’assister à une déclinaison cinématographique pompeuse et grandiloquente du matou revient le jour suivant. La nature, les Indiens, les éléments, les autres trappeurs, tout est ligué contre Hugh Glass et on se demande ce qui va encore lui tomber dessus. Et moi je me demande si je ne suis complètement maso pour être venue voir une de mes idoles se faire massacrer de 1001 façon différentes. A la fin du film, entre l’âge et les séquelles, j’avais du mal à le reconnaître.

L’autre point noir du film, c’est qu’Inaritu n’assume pas le côté grosse production à Oscars du film. On a l’impression qu’il veut quand même lui donner une caution film d’auteur. Alors il intègre des flash-back poétiques assez clichés et incongrus. Qui rallongent encore un peu le film.

Au bout de 2h30, alors que la fin (du film) est proche, on se dit qu’elle va être grandiose. Parce qu’il faut récompenser ce pauvre Leo qui a pris cher, et le spectateur qui, comme moi se demande un peu quel est le sens de tout ça. Alors sans spoiler personne, on peut le dire, la fin est bien plus décevante que le début, et pire que le milieu, tant sur le fond que sur la forme. La morale est plutôt convenue et très politiquement correcte (la vengeance c’est mal), ce qui invalide la motivation du héros pendant tout le film. Plutôt qu’un retournement, ce message sonne comme une trahison à l’intégrité du personnage. Quant à la réalisation, après cette débauche de coups, de bêtes sauvages et de catastrophes naturelles en tout genre, on aurait aimé plus. Mais au moins, on en a fini avec ce film et Leo a eu son Oscar. Tout le monde est content.

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Je suis sans doute un peu dure et le film a quand même des qualités (paysages magnifiques, plans superbes et distribution réussie). Mais je trouve un peu dommage que la collaboration entre le réalisateur de 21 grammes et de Babel avec l’acteur de Gilbert Grape et Shutter Island donne naissance à 2h30 de grognements et d’épreuves dignes d’un Koh Lanta dans la neige pensé par le pervers de Saw.

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